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Interview Roger Waters 30-04-1999 (WZLX 100.7
USA)
Entrevue radio du 30 avril 1999 en compagnie de Roger Waters.
Radio 100.7 WZLX, Boston, Massachussets, USA.
Carter Allen :
100.7 WZLX, la seule radio rock classique de Boston, bienvenue au Classic Café.
Vous venez d’entendre quelques chansons de l’album numéro un de tous
les temps, Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles. Aujourd’hui est
une journée spéciale pour moi, j’ai un invité spécial
en ligne, Roger Waters qui a écrit la plus grande partie des paroles
et beaucoup de la musique de Pink Floyd. Bonjour, Roger!
Roger Waters : Bonjour,
Carter.
CA : Comment allez-vous
?
RW : C'est bien d'entendre
parler de vous de nouveau.
CA : Ça fait
un bout de temps.
RW : En effet.
CA : [rigole] Ça
fait sept ans depuis Amused to Death.
RW : Oui.
CA : Ca a passé
très vite. [pause] Donc, vous êtes en tournée?
RW : Oui !
CA : Pourquoi maintenant
?
RW : Eh bien, je...
Depuis 1992, quand je faisais Amused to Death, quand j'ai fait un spectacle
au Universal Amphitheatre à L.A. avec Don Henley pour le projet Walden
Woods. Ce fut une belle soirée. C'était John Fogerty, Neil Young,
moi-même et Don, et nous avons tous fait quelques numéros. Et j'ai
adoré ça. Tu sais ? C'était très bien. J'ai quitté
la scène et j'ai pensé « Wow, j'aimerais refaire ça.
» Maintenant, cet été j'ai planifié d'être
avec ma famille sur la côte est pour quatre mois. J'ai pensé «
Eh bien, peut-être que ce serait le bon temps de le faire. » Donc
on a pris vingt dates commençant le 22 juin et finissant le 22 août.
Et j'ai pensé « Okay, c'est bon. Je le fais. » (ndlr : la
tournée a commencé le 23 juillet et duré jusqu’au 28 août
1999)
CA : Vous savez,
la dernière fois que vous êtes allé sur la route, pour Radio
KAOS...?
RW : Ouais.
CA : ...Faire une
tournée complète, maintenant, je me souviens que vous aviez vos
enfants avec vous, qu'ils avaient un tuteur pendant ce temps.
RW : Oui, c'est bien
ça.
CA : Quel âge
ont-ils maintenant?
RW : Mon plus vieux
a 22 ans, et mon plus jeune a 21 ans.
CA : Qu'est-ce qu'ils
écoutent? Écoutent-ils vos albums d'il y a plusieurs années?
Écoutent-ils des choses plus dures...
RW : Je pense bien
que oui. Mon fils le fait, mais, vous savez, il fait partie de groupes lui-même.
Il est un très bon claviériste. J'ai pensé l'amener jouer
des claviers pour ce spectacle, mais je crois qu'il serait trop occupé
avec ses propres choses.
CA : Aurait-il cette
« mentalité de négation », Roger, comme s'il ne voulait
pas reconnaître son père comme étant une rock star?
RW : Je crois qu'il
comprend que c'est une épée à deux tranchants, que ça
ouvre des portes et que c'est aussi un poids qu'il serait peut-être mieux
de ne pas supporter. Mais, tout de même,ça n’a pas été
facile pour ceux d’entre nous qui n’avaient pas de père connu. C'est
difficile pour n'importe qui essayant de percer dans le rock 'n roll.
CA : Roger, qui sera
parmi votre groupe de tournée cette année, et aurez-vous une scène
élaborée comme pour votre tournée Radio KAOS?
RW : Non. Bien, je
n'ai pas planifié faire cela. Ce sera un spectacle un peu moins élaboré
puisque c'est une tournée plus courte, et que les salles sont plus petites.
J'ai quelques-uns uns des musiciens de cette tournée : Graham Broad,
qui était le batteur pour Radio KAOS, jouera avec moi, de même
qu'Andy Fairweather-Low. J'ai un clavier Jon Carin, j'ai un jeune guitariste
américain qui se nomme Doyle Bramhall, qui a joué avec Jimmy Ray
Vaughan. Voici donc une partie du groupe. Il y aura peut-être un autre
claviériste ou guitariste. Je vais attendre que l'on commence les pratiques
pour voir ce dont on aura besoin. Et cela dépendra aussi de la set-list
avec laquelle je vais monter sur scène, puisque j'y travaille depuis
ces dernières semaines, essayant de la raccourcir un peu pour la ramener
à une longueur tolérable.
CA : Roger, beaucoup
de mes auditeurs ici à WZLX ont demandé si vous jouerez des chansons
de Pink Floyd pendant cette tournée.
RW : Oui, absolument.
Je reviens au tout début, et je joue d'un peu de tout.
CA : Vous n'avez
pas eu la chance d'aller sur la route pour Amused to Death, votre dernier album
solo. Allons-nous avoir la chance d'entendre de la musique de cet album?
RW : Sans aucun doute!
Actuellement la set-list compte cinq chansons d’Amused to Death. Je ne pourrai
pas toutes les faire parce que, vous savez si je choisissais quatre ou cinq
chansons de tous les albums que j'ai fait ou auxquels j'ai participé
au fil des années. Le spectacle durerait cinq heures, donc...
CA : Ça serait
excellent! [Waters rit] Faisons-le!
RW : Ouais, ça
serait tout pour vous! Je dois chanter tout ça, vous savez! J'ai cinquante-cinq
ans, donnez-moi une chance!
[The Pros and Cons of Hitch Hiking passe sur les ondes]
CA : Nous parlons
à Roger Waters de Pink Floyd qui nous parle des Barbades. Nous n'avons
pas entendu parler de vous depuis un bout de temps. Que faisiez-vous donc?
RW : Pendant les
dernières années, j'ai écrit un opéra. Ça
va vraiment, vraiment bien. J'ai enregistré quatre-vingt minutes d'extraits,
tout l'orchestre, et j'enregistrerai les parties de la chorale à Paris
du 8 au 21 juin (ndlr : 1999). Je pense que ce sera lancé en 2000.
CA : Roger, avez-vous
des plans en ce moment pour une performance en spectacle de cette œuvre?
RW : Des orchestres
à Tanglewood, Chicago et le Hollywood Bowl se sont montrés intéressés
pour jouer la musique, mais une performance sur scène n’est pas prévue
pour le moment.
CA : Croyez-vous
que la transition du travail à un rock épique comme The Wall à
la musique classique soit facile, ou plus ardue que ce à quoi vous vous
attendiez, comment ça s'est passé?
RW : J'ai dû
apprendre à utiliser un ordinateur. Et avec de l'aide de la part d'un
très bon ami en Angleterre, Rick Wentworth qui a travaillé sur
l'orchestration avec moi, j'ai dû apprendre beaucoup au sujet des orchestres
et de la fonction de chaque instruments, comment les manuscrits fonctionnent
et toutes ces sortes de choses desquelles j'avais une connaissance très
très sommaire auparavant. Mais, vous savez, les dynamiques et l'expression
de l'émotion ne sont pas très différents quand on écrit
un opéra ou une symphonie que quand on écrit The Wall. Cela doit
tout de même avoir une forme, et des parties fortes et douces, aussi cela
doit être dynamique et cela doit bien couler, et cela doit, vous savez,
toutes ces choses sont ce sur quoi j'ai travaillé naturellement pendant
les trente dernières années de toute façon.
[CA annonce Another Brick in the Wall, part. 2]
CA : 100.7 WZLX,
the Classic Cafe. Nous avons Roger Waters de Pink Floyd au téléphone.
Il y a eu beaucoup de discussion à propos de refermer la brèche
entre vous et Dave Gilmour pour vous ramener ensemble dans Pink Floyd. Nous
en avons entendu tellement. Les rumeurs sont-elles vraies?
RW : Oh, hé
bien, la seule chose que j'ai entendue d'eux est qu'ils voulaient que je vienne
jouer Dark Side of the Moon avec eux à Londres la dernière fois
qu'ils ont fait une grande tournée mondiale, mais je ne voulais pas le
faire. Et je crois qu'ils voulaient une tape sur l'épaule de ma part,
disant « tout va bien, les gars. » « Vous avez bien fait,
tout va bien. ». Vous savez, je me sens à l'aise par rapport à
ce qui s'est passé. Ça a été un peu dur pendant
un bout de temps de réaliser la puissance du nom. Mais, vous savez, beaucoup
de temps a passé. Je profite beaucoup de ma vie, et je suis très
content de faire ce que je fais maintenant. Je ne peux pas imaginer une tournée
réunion, honnêtement. Autant que je puisse dire, ce serait encore
laisser les chiffres mener. Je ne peux penser à aucune raison pour retourner
et faire un album de Pink Floyd. Faire un spectacle ou une tournée ou
rien d'autre que si c'était pour dire « Okay, vous m'avez eu. Je
veux être une grosse star, je veux tout ça, je veux tout ce poids
que j'ai dénoncé quand j'ai quitté le groupe, et je veux
réembrasser tout ce que j'ai attaqué quand j'ai écrit The
Wall, je veux changer toute ma philosophie, tout ce que j'ai dit et pensé
à propos de la musique et ma propre intégrité et mes politiques
et tout à propos de ma vie, je renie tout ça, et allons faire
tout plein d'argent ensemble. » Ça n'arrivera pas. Toutes ces choses
dans ma vie sont très importantes pour moi; la musique est très
importante pour moi. Cette magie que nous avions avant d'avoir du succès
est très importante pour moi. Ce contact entre les artistes et l'auditoire
et les idées dans les chansons -- je veux faire partie de tout ça.
Je ne veux pas de cette merde de « Savez-vous combien on a fait? »
Je n'ai pas voulu cela depuis 1977 quand j'ai dit « Je ne veux pas cela,
et je ne veux plus jamais faire cela. » Je ne veux toujours plus faire
cela.
CA : Ah... Je vais
prendre ça pour un « non ». Avez-vous le désir, une
fois que l'opéra sera terminé, de travailler sur un autre projet
rock?
RW : Je suis très
content que vous m'ayez demandé ça! J’ai réservé
un studio en février 2000 ; j’ai une idée que je veux poursuivre,
et j’ai écrit un tas de chose. J’en suis très excité. Vous
savez, je me suis levé un matin en me disant ‘ Je dois écrire
quelque chose’. C’est toujours un peu passif pour moi, j’ai un sentiment qui
monte en moi : un sentiment, une émotion se bâtit, et je sais qu’il
y a une chanson qui essaie de sortir. Alors je cours au piano ou je prends une
guitare pour écrire ce qui veut bien sortir. Récemment cela c’est
passé assez souvent et je crois que maintenant il y a assez de matériel
pour un album. C’est a propos d’une responsabilité personnelle. C’est
quand même drôle, c’est un peu ce dont on vient juste de parler,
de retourner avec Pink Floyd ou non. D’une certaine façon retourner à
Pink Floyd serait accepter que je ne sois pas autonome comme être humain,
et de ne pas comprendre que le seul changement qu’on peut faire dans le monde
est de changer soi-même.
CA : Roger Waters,
merci d'avoir passé du temps avec nous aujourd'hui.
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