Traduction de l'article du magazine anglais MOJO de décembre 1999, qui consacrait sa Une de couverture à Pink Floyd...
Traduction réalisée par Geneviève pour Signs of Floyd, à l'origine destinée à la parution d'un prochain fanzine de l'asso.
Sans attendre l'hypothétique sortie d'un prochain fanzine papier et vu l'intéret de cet article pour nous les fans, nous avons souhaiter le mettre en ligne pour le partage du plus grand nombre.

MOJO magazine 12-99

 

Merci de nous contacter pour toute utilisation de cette traduction, autre que privée bien sûr.

DANGER !
Chantier de démolition
Roger voulait virer Rick
Dave pensait que Nick serait le suivant.
Bob leur a donne un hit et a été viré aussi.


Pour la première fois tous les « architectes » de « The Wall » parlent du projet qui a détruit Pink Floyd
(par
Sylvie Simmons)


La distribution :

ROGER WATERS - Compositeur, chanteur, bassiste, producteur.
DAVID GILMOUR - Chanteur, guitariste, producteur, compositeur (de la musique de Comfortably Numb, Young Lust et Run Like Hell)
RICK WRIGHT - Claviers, membre du groupe pour la première partie de The Wall, salarié ensuite.
NICK MASON - Batteur.
JAMES GUTHRIE - Ingénieur du son, coproducteur.
GERALD SCARFE - Artiste,
BOB EZRIN - producteur ( a travaillé avec Alice Cooper, Kiss) coauteur ( The Trial), a 29 ans au début de l’histoire de The Wall


Le 16 juin dernier Rick Wright a enfin fait ce tout  thérapeute  conseille : Faire face à sa Némésis.
«  Je crois que je suis vraiment le seul à avoir vu Roger ces dernières 18 années. John Carin qui jouait avec Roger et qui était dans les deux dernières tournées que j’avais faites m’a poussé.  J’étais encore très en colère -je ne lui avais pas parlé depuis The Wall- et puis j’ai pensé, oh ! Merde, pourquoi pas ?  Je n’avais pas à aller le voir. J’étais assis dans le public, signant des autographes pendant qu’il se produisait sur scène. Cela m’a fait tout drôle quand il a joué des morceaux de Pink Floyd- Je n’étais pas là, ni Dave, ni Nick…. » A la fin du show Rick Wright décida d’aller back stage. «  Cela a été une rencontre difficile pour tous les deux. Il y a des tas de sujets que nous aborderons peut être un jour, mais à ce moment je ne voulais pas entrer dans tout çà  et j’ai juste dit : «  Salut, Comment ça va, tu as l’air en pleine forme. »
«  Il se tenait en face de moi, avec un grand sourire » dit Roger Waters «  Je pense qu’il avait bu quelques verres pour se donner du courage, mais il était charmant. Comme moi d’ailleurs. Il m’a présenté sa femme, je l’ai salué et c’est tout. Ce n’était pas pénible. Nous n’avions pas grand chose à nous dire »
Waters et Wright se connaissent et ont joué ensemble depuis le début des années 60. Jusqu’à The Wall quand Waters l’a renvoyé du groupe.


The Wall est le concept album des concepts albums, une structure architecturale  pluri dimensionnelle (paroles, musique et visuels), chaque brique devient une cicatrice psychique.
Dark side of The Moon a été cité ( par les fans du groupe) comme leur disque préféré pour faire l’amour et se défoncer ; On peut  se demander à quoi les millions de personnes qui ont acheté le disque s’occupent en l’écoutant. Lugubre, claustrophobique, mais avec des moments de beauté à donner la chair de poule, ses thèmes de paranoïa, mégalomanie, trahison, dépression et malaise semblent s’infiltrer dans  ceux qui ont créé l’album.

Ce 30 novembre The Wall a 20 ans, Joyeux Anniversaire- et pour célébrer cet évènement il devrait y avoir un double live album, produit par James Guthrie ( qui mixe aussi le DVD du film, que Waters a trouvé « terrible » mais qui au moins avait permis au futur saint Bob (Geldof*) de trouver un job. James Guthrie a maintenant 110 bobines de bandes de deux pouces,  des 3 concerts de 1980 et des 4 de 1981 qui mijotent au four- si, c’est sérieux, huit heures, thermostat 2.. Apparemment  la colle qui avait été utilisée pour coller l’oxyde ( ?)*des bandes fait ramollir les bobines lorsqu’elles vieillis*ent. Un mal ( le ramollissement) dont ne semblent pas souffrir les musiciens.


Il y a eu des rumeurs comme quoi le groupe ferait un concert la veille du nouvel an devant les Pyramides : «  Ugh, frissonne Roger, juste l’idée d’avoir à rester dans ce bol de porridge, non, je vais en sortir, ah, c’est mieux. Maintenant je peux vivre ma vie. L’idée de m’impliquer avec eux, et vous imaginez à quel point ils voudraient que je plonge à nouveau dans le porridge, le fait de retravailler à cet album, les notes pour la pochette, tout cela me rappelle comme cela est fou. Je ne veux plus rien avoir à faire avec eux ou avec le groupe » Son dégoût est palpable.

Dans un studio  aux murs recouverts de  posters de voitures de courses à, Londres, à plus de 5.000 kms de la maison de Roger à Long Island, la façon d’être de son vieil ami, Nick Mason  est beaucoup  moins sévère, bien que lui aussi repousse l’idée (un concert le 31.12.99)*mais d’une façon plus naturelle et aimable. «  Voudriez  vous »faire travailler 200 roadies le soir du réveillon ? Tout le monde a vu Spinal Tap et ce merveilleux moment de réunion à la fin. Je pense que si j’avais eu une idée fantasque comme celle là (réunir le groupe) cela aurait été pour une bonne œuvre, un peu comme pour Live Aid. Il y a évidement un énorme sentiment de mauvaise foi, de trahison ou de colère . Je pense que l’on peut récupérer mais qu’il soit assez difficile de revoir  les endroits et les moments qui vous ont donné du plaisir au début.

David Gilmour, courtois, « très anglais », dissimulant ses vrais sentiments derrière un langage élaboré (formes passives, double négations contournées), parle de Waters gaiement, presque avec chaleur, comme d’un sparring-partner . « Bien sûr chacun de son côté a réfléchi à la situation et je me suis demandé « Qu’est ce que cela donnerait si l’on se retrouvait  tous au studio en disant « On fait quelque chose ? » Je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner. Nous  l’avons invité, s’il le désirait,  de nous rejoindre à Earl’s Court pour jouer Dark Side, mais il a poliment refusé. Je l’ai aussi invité pour mes 50 ans ; et il a aussi répondu, « merci, non. ». Je n’ai pas fait les plus gros efforts pour le ramener dans notre cercle, mais j’ai été d’une correction sans limite.
        
        Et pour finir dans une maison à Atlanta, en Georgie, où il vit avec son épouse américaine, Rick Wright semble toujours être un homme en état de choc. Etrangement le plus conciliant des quatre, ses mots sur l’injustice, la trahison et la thérapie  qui continue sont accompagnées du bruit de marteaux. Il y a des ouvriers qui travaillent à proximité et ils construisent un mur, a wall.

 

LES FONDATIONS

Le 6 juin 1977, durant le dernier concert de la tournée « Animals in The Flesh, au stade olympique de Montréal, Roger Waters a craché sur un fan.

David Gilmour : Je peux me souvenir  de ne pas avoir apprécié cela comme un concert. Ce stade venait juste d’être terminé et il restait une grue, ils avaient oublié de la démonter et cela restait là. J’étais tellement désenchanté  que j’ai quitté la scène avant le rappel et que j’ai été m’asseoir à la console.- Je pense que cela n’a pas du arranger l’humeur de Roger- Je pense que Roger devait vraiment être dégoûté de lui-même pour se laisser aller à cracher sur un fan.

Roger Waters : Je ne suis pas sûr de l’avoir atteint.

Nick Mason : Roger n’est pas vraiment quelqu’un de connu pour être « un baba »* mais on s’entendait bien, même si l’on ne se sentait pas aussi passionné que lui.- ces shows dans les stades sont  très étranges. Quand nous jouons nous regardons le public de la même façon que le public nous regarde, et l’on ne peut vraiment voir que les premiers rangs. Je ne vais pas dire qu’ils sont tous cinglés, mais en général, surtout dans ces immenses stades sans sièges, le public est assez fou pour se bousculer jusqu’au premier rang. Il y a ceux qui imitent la guitare, ceux qui savent toutes les paroles, et ceux, les malheureux, ceux qui après avoir attendu toute la journée s’effondrent quand on rentre en scène.

David Gilmour : De toute façon Roger n’a jamais vraiment aimé tourner, il etait toujours tendu et irritable. Il était dégoûté des tournées pour des tas de raisons, nous aussi nous l’étions. Le grand changement est venu avec l’énorme succès de Dark Side of The Moon- Le public aimait à participer, criant beaucoup. Avant, même si nous jouions dans des grandes salles pouvant contenir 10.000 personnes vous pouviez entendre une mouche voler aux moments clés. Oui, ce changement a été un choc, mais en quatre ans j’ai eu le temps de me faire à l’idée que cela devait se passer ainsi.

Roger Waters : C’est devenu de plus en plus oppressant. Ces endroits n’étaient pas construits pour y faire de la musique, ils étaient conçus pour des manifestations sportives et ce n’est pas pervers  d’expérimenter une ritualisation de la guerre, parce que c’est çà  le sport. Ce que j’avais dans la tête-  et dans tout le corps- c’était un énorme sentiment de frustration, je me demandais ce que l’on faisait là, A quoi, cela servait ? Et la réponse qui me claquait toujours aux oreille : le fric et l’ego. Tout se rapporte à çà.

Ezrin : J’ai rencontré Roger, par Carolyne, qui était sa femme à l’époque et qui avait travaillé pour moi. Ils sont passés à Toronto, où je vivais pendant la tournée Animals, et dans la limousine en  route pour le concert  Roger m’avait parlé de ses sentiments d’éloignement du public et de son envie, parfois de mettre un mur entre lui et son public. Je me souviens d’avoir dit d’une façon désinvolte : « pourquoi ne pas le faire ? » Un an, ou 18 mois plus tard, j’ai reçu un coup de fil pour me demander de passer chez lui pour discuter  de la possibilité de travailler ensemble sur ce projet appelé « The Wall ».


L’ENTREPRENEUR

        A la fin de la tournée d’Animals le groupe se sépare et chacun retourne à ses occupations. Gilmour et Wright travaillent à des albums en solo, et Roger rentre dans sa maison à la campagne pour commencer à écrire.

Waters :  Parfois pendant la journée j’avais ces moments de passage à vide- pas un sentiment de vide, au contraire de trop plein- et j’ai soudain réalisé que j’étais complètement hypermétrope, tout devenait  flou, et j’ai pensé «  Oh ! Je vais écrire une chanson ». Il fallait juste que  l’on le remue, que je l’on le prenne par la peau du cou et que l’on utilise tout le talent que j’ai développé au cours des années pour y arriver. Mais la création initiale est une action passive. Ma vision est peut être une forme de ce que Jung décrit comme l’inconscience collective- L’être humain semble avoir ce besoin d’illuminer et d’exprimer sa relation avec ce qu’il l’entoure. Je suis en train d’essayer de me souvenir si je suivais une psychothérapie à cette époque et je pense que non, cela est venu plus tard- 1981 je pense.
Au départ j’avais deux images -construire un mur au travers de la scène, et la relation sado-masochiste entre le public et le groupe, l’idée d’un public bombardé et ceux  qui sont déchiquetés en morceaux  applaudissent le plus fort parce qu’ils sont au centre de l’action, même en étant des victimes. Il y a quelque chose de macabre et d’un peu inquiétant dans cette relation - nous pourrions mettre une sono tellement forte que cela pourrait vous nuire mais que vous vous battrez pour être dans les premiers rangs afin d’être atteint le plus possible.- C’est de là qu’est venue l’idée de Pink métamorphosé en Nazi démagogue.-
 (Le thème de la démence) a quelque chose à voir avec Syd, mais aussi est lié à ma propre expérience. "When I was a child I had a fever, my hands felt just like two balloons" ( Quand j’étais enfant j’ai eu de la fièvre, je sentais mes mains comme deux ballons)* c’est le sentiment indescriptible de ce que j’ai ressenti  dans mon corps au cours d’une crise de délire, dû à la fièvre où tout me semblait trop grand. A une ou deux reprises dans ma vie, quand j’ai ressenti que je frôlais la complète dépression, c’était un sentiment de délirer,  donc pour moi mes liens avec Syd, et ce que d’autres schizophrènes doivent ressentir  provient a la fois de mes souvenirs d’enfance et des moments étranges de grand stress quand je me sentais à la limite de sentiment semblable….

Ezrin : Roger m’avait invité pour le week end-Il avait une charmante maison à la campagne avec un studio sombre qui s’accordait bien avec la maison. C’était un de ces superbes week ends gris et maussade des automnes anglais. Il m’a installé dans une pièce et  m’a fait écouter une bande de morceaux reliés entre eux, presque comme une chanson de 90 minutes, cette bande s’appelait « The Wall ». Puis d’autres morceaux et démos d’autres idées qu’il espérait ajouter d’une façon ou d’une autre, que l’on a pas retrouvé sur ce disque mais qui ont réapparus plus tard dans son travail en solo. La campagne anglaise, écrasée par les nuages et l’humidité était le décor parfait pour cette musique et j’ai été transporté. Ce n’était pas fini, cela n’avait rien à voir avec la forme finale de l’album, mais il y avait cette atmosphère et juste après cette première audition j’ai su que cela allait être une œuvre importante- et aussi qu’il y aurait beaucoup à faire avant d’arriver à en faire quelque chose qui se tient.

Waters : Je savais que cela serait long et complexe et que j’avis besoin d’un collaborateur avec qui je pourrais en discuter. Il n’y  avait personne dans le groupe avec qui je pouvais en parler - Dave n’était pas intéressé, Rick s’était complètement fermé à cette époque et Nick aurait été content de m’écouter car nous étions intimes, mais il était plus intéressé par ses voitures de courses. J’avais besoin de quelqu’un comme Ezrin  qui musicalement et intellectuellement était celui qui était le plus proche de moi.

Gilmour : Quand nous avions terminé quelque chose nous n’avions jamais planifié de nous retrouver et de préparer la suite, nous avons toujours pris un peu de temps pour nous retourner et faire d’autres choses. J’avais étais convaincu par des amis ( avec lesquels j’avais joué avant de joindre Pink Floyd) de faire un album un peu à l’impromptu et de prendre du plaisir à le faire. Rick enregistrait aussi.  Quand nous nous sommes tous retrouvés en studio à Londres, Roger nous a dit qu’il voulait que l’on travaille sur l’un des deux projets qu’il avait développés pendant ce temps dans son studio personnel. Il avait deux projets, bien préparés et avancés : l’un était « The Wall.»   Et l’autre ce qui est devenu son premier album solo, et qui avait un  morceau avec une  très belle mélodie, mais dans mon souvenir tout sonnait à peu près de la même façon. Nous nous sommes mis d’accord et avons décidé que cela serait sur «  The Wall » que nous travaillerons quand nous nous réunirions en septembre.

Wright : A cette époque nous étions théoriquement ruinés. Nos comptables avaient perdu tout notre argent et nous devions une somme énorme aux impôts et on nous a dit de nous expatrier pour un an, de faire un album pour essayer de payer nos dettes fiscales, cela a été une période d’anxiété pour nous tous.

Mason : Les bandes étaient vraiment de mauvaise qualité- Roger fait toujours des démos épouvantables, même s’il utilise du matériel sophistiqué- mais cela a été tout de suite  évident qu’il y avait une idée intéressante qui pourrait  être  développer musicalement.

Wright : Il y avait  quand même des idées pour lesquelles j’ai pensé : «  Oh, non, cela recommence, - tout est sur la guerre, sur sa mère, sur la disparition de son père » J’avais espéré qu’il arriverait à dépasser tout cela et s’intéresserait à d’autres choses, mais il faisait une fixation…. Tous les morceaux avaient le même tempo, étaient dans la même clé, tout était pareil. Si nous n’avions pas été dans cette situation financière difficile, peut être que nous aurions dit «  Nous n’aimons pas ces morceaux » et les choses auraient été différentes. Mais Roger avait des choses sur lesquelles nous pouvions travailler, Dave et moi n’avions rien à proposer, alors on a suivi Roger.

Gilmour : C’est vrai que nous avons eu des difficultés financières, mais je ne pense pas que cela soit arrivé avant que nous ayons commencé à travailler sur la première partie de The Wall à Britannia Row entre septembre et Noël. A l’époque je pensais que c’était un très bon concept qui valait la peine d’être exploré, rétrospectivement je ne l’aime plus autant, je le trouve un peu pleurnichard. J’étais disposé- comme je l’ai été avant et ensuite- à laisser Roger  tenir les rênes de sa vision.


LA CONSTRUCTION BRIQUE PAR BRIQUE

Bob Ezrin a passé toute une nuit à explorer les bandes de Roger Waters.

Ezrin : Cette nuit là j’ai écrit un scénario pour un film imaginaire- qui n’avait vraiment rien à voir avec ce qu’est devenu le film- je n’avais rien à voir avec çà et j’étais contre l’idée de le codifier en images. J’ai juste ressenti cette narration en sons, je l’ai plus « vue » qu’entendue, et j’ai organisé tous les morceaux que nous avions et quelques-uns que nous n’avions pas, plus les effets de son pour en faire une histoire qui se tenait. J’ai ressenti qui était le personnage principal et j’en ai conclu que nous devions abandonner le « je »  pour en faire un personnage, ressuscitant le Pink auquel ils s’étaient référés autrefois. Le lendemain je suis venu avec mon script, (qui est maintenant au Roll Hall of Fame), et nous avons lu « The Wall ». C’est une façon complètement différente de faire de la musique, mais cela nous a vraiment aidé à souder le travail. A ce stade nous n’avancions  plus au hasard nous avions un plan de travail.

 Waters : La structure de base n’avait pas changé. Certaines chansons elles, ont beaucoup changées, d’autres, « Don’t Leave Me Now," "Is There Anybody Out There?," "Mother", sont restés exactement comme elles étaient au départ.
 
Ezrin : Une fois que nous avions quitté la maison de Roger pour travailler en studio, cela est devenu un effort collectif, tout le monde avait son opinion et contribuait. Parfois c’était très excitant. Souvent nous avions ces bagarres avec des disputes  furieuses sur une idée sur un morceau, et cela pouvait durer des semaines. Mais comme ils sont anglais et que je suis canadien, cela se passait de façon très courtoise, mais personne ne voulait céder. Mais quand il y a  ce genre de conflit, la conclusion, la synthèse de deux idées différentes, l’idée finale devenait beaucoup plus forte que l’idée originale.

Wright : Je crois me souvenir,  au début avant l’enregistrement, que nous étions tous les quatre à trier les démos et à en jeter.
Gilmour : Franchement nous ne faisions que traînasser et nous chamailler. Quelqu’un disait , «  je n’aime pas vraiment ce morceau . » et un autre l’approuvait et alors  Roger faisait la tête mais le lendemain il revenait avec quelque chose de très bien. Il était vraiment très bon pendant cette époque de The Wall, il est devenu moins bon pendant The Final Cut. Certains des morceaux ( je me souviens que se fut le cas pour Nobody Home ) ont  beaucoup progressés de cette façon, il partait en boudant et revenait le lendemain avec quelque chose de fantastique. Cela fait parfois du bien d’être mis dans un léger état de rage.

Waters : Pour n’importe quelle raison ils voudraient croire que la création de The Wall a été un travail collectif du groupe. Ok, ils ont participés, mais ils n’étaient pas des collaborateurs. Ce n’était pas une coopérative, ni un processus démocratique. Si quelqu’un avait une bonne idée je l’acceptais et peut être que je m’en servais, de la même façon qu’un metteur en scène qui écrit et dirige un film va écouter ce que les acteurs ont à lui dire. Cela me rappelait un peu le livre  « Animal Farm », le combat des cochons pour savoir qui était le plus égal aux autres. Depuis la séparation ils se sont donnés  beaucoup de mal pour faire remarquer que ce n’était pas vraiment mon travail et que nous l’avions tous fait ensemble. C’est du vent. Ce n’est pas vrai, et tous ceux qui ont écouté ce qu’ils ont fait depuis peuvent le comprendre. Ils ne peuvent rien faire, ils demandent à d’autres de le faire pour eux. (écrire et composer)*. C’est tellement évident, je pense que The Wall est une œuvre formidable et j’en suis très fier. Je n’en dirais pas plus.

Mason : On avait vraiment l’impression d’un groupe travaillant sur un disque, peut être d’une façon un peu déséquilibrée, mais je crois que la plupart des groupes sont déséquilibrés.

Waters : Rick n’ a pas participé du tout, à part de jouer quelques parties de claviers, et Nick a joué de la batterie,  avec un coup de main de ses amis. Et Dave, oui, David a joué de la guitare et écrit la musique de quelques morceaux, mais il n’a eu aucune contribution sur le reste du travail. Nous l’avons coproduit, Ezrin et moi, je crois, la collaboration avec Ezrin a été très productive, sa participation a été très importante, et David a été crédité pour la production. Je suis sûr qu’il a dû avoir fait quelque chose pour la production du disque, il avait des idées différentes là dessus. Mais il n’y avait qu’un chef, et c’était moi.

Gilmour : Roger était évidement un des principaux producteurs  parce que c’était son idée et il était très, très bon sur tout ce qui était lié à la production, comme la dynamique. J’ai toujours était un des producteurs des disques de Pink Floyd et si je ne me suis pas beaucoup battu avec Roger au sujet des textes, je pense que je connais la musique aussi bien que n’importe qui dans le groupe, ou autour du groupe et je donne mon avis  énergiquement sur le sujet. Bob Ezrin était en partie là pour faire l’arbitre et adoucir les choses entre Roger et moi, les disputes étaient fréquentes et violentes.

Mason : Nous avons  étudié notre façon de travailler pour voir si on pouvait l’améliorer, et tout le monde a pensé que cela serait très utile d’avoir un avis de l’extérieur. Roger avait rencontré Bob Ezrin et c’était une bonne idée d’avoir également en complément ce jeune ingénieur brillant, James Guthrie.
 
 
James Guthrie : J’ai reçu ce coup de téléphone du manager, Steve O’Rourke pour me convoquer à son bureau. Je me considérais comme une jeune producteur branché. Il m’a dit que le groupe cherchait du « sang nouveau », qu’ils avaient écouté mon travail, en particulier « The Movies »et « Runner » et il m’a envoyé voir Roger pour voir si cela marcherait entre nous. L’on ne m’avait pas parlé de Bob Ezrin, de même on ne lui avait pas parlé de moi. Quand nous sommes arrivés nous avons eu l’impression d’avoir été engagé pour faire le même travail.

Ezrin : Quand j’ai commencé c’était la confusion totale, au sujet de qui réalisait vraiment ce disque ?  Malgré  nos rôles nous étions tous des personnes de forte personnalité, très particulier dans notre façon de travailler, très sûrs de nos idées, et au sommet de notre carrière créative, c’était donc enivrant….Je pense qu’à ce stade Roger voulait que le projet soit le sien. Mais quand dans un groupe un des membres déclare qu’il veut prendre la tête cela peut devenir difficile de travailler ensemble et il était sensible à ça ( du moins aussi sensible qu’il peut l’être), alors il a fait appel à moi. Je pense comme un allié pour l’aider à réussir .Comme cela a été vérifié plus tard, ma perception du boulot était d’être l’avocat de l’œuvre, et cela voulait dire être souvent en désaccord avec Roger et avec d’autres gens et de devenir leur  catalyseur pour n’importe quelle dispute.

Wright  : J’ai vraiment apprécié l’époque de Dark Side ou de Wish You, à l’époque peut être que l’on se battait mais on le faisait ensemble. J’étais préoccupé par l’idée qu’un producteur venant de l’extérieur pouvait  perdre ce que nous quatre ferions ensemble. Mais d’un autre côté je pensais « Mon Dieu, avons-nous besoin d’un arbitre ? »

Waters : Jusqu’à  et avec Dark Side nous travaillions main dans la main. Puis nous avons cessé de travailler ainsi. Nous avons terminé ce que nous devions faire ensemble et la seule raison pour laquelle le groupe est resté ensemble était la peur et la cupidité.

Gilmour: Il y a trois étapes dans la fabrication de The Wall, d’abord à Britannia Row à Londres, organisant  la matière, les idées, en faire des démos, puis la France où nous avons fait la plus grande partie de l’album, et enfin nous l’avons fini et mixé à Los Angeles. En France nous avons particulièrement très bien travaillé, et travaillé très dur aussi. C’est ahurissant de voir tout ce que nous avons été capables de faire en aussi peu de temps.

Mason : Le rythme était rapide et acharné, très précis. A un moment nous occupions deux studios en même temps en France.

Gilmour : Superbear, le studio dans lequel nous travaillions le plus était à une altitude assez élevée et ce studio était connu pour la difficulté d’y chanter, et Roger a eu beaucoup de mal pour y chanter juste. Il a toujours eu beaucoup de mal à y arriver, ha, ha….Donc nous avons trouvé un autre studio, Miraval, et Roger y est parti avec Bob pour faire les vocaux.

Ezrin : Nous avions un temps de travail limité par la date des prochaines vacances- nous avons eu beaucoup de vacances, je les ai comptés un jour et j’ai réalisé que nous aurions tout pu faire en quatre ou cinq mois de studio au lieu d’y passer plus d’un an parce que nous faisions de petites journées et prenions beaucoup de vacances. Ils étaient du genre père de famille et voulaient travailler de 10 heures à 18 heures… non , Roger avait décidé que nous travaillerons de 10 heures à 18 heures. Nous avions des horaires de gentlemen, portions des habits de gentlemen, mangions de la nourriture de gentlemen, on nous apportait même du thé et des biscuits tous les jours  à l’heure adéquate. C’était très civilisé. Mais si l’on considère que nous travaillions sur du matériel très contre-culture cela créé presque un sentiment d’irréalité schizophrénique, même en France. Certains vivaient à Nice, d’autres avaient loué des villages entiers, d’autres vivaient au studio, nous étions très dispersés mais nous nous retrouvions au studio pour créer ces choses étonnantes, des choses faites à partir de choses très banales, un effet de batterie était en fait le bruit d’une casserole jetée au sol.
J’ai apporté des tas d’idées qui étaient complètement étrangères à l’équipe anglaise. Nous avons expérimenté  ce qui est devenu une façon standard d’enregistrer. Nous enregistrions nos bandes en 16 pistes, nous les copions en une version mixée en 24, prenions la batterie, la repoussions de quelques pistes, la mettions en 24 pistes, puis nous ajoutions nos overdubs, instruments, effets et vocaux. Le but final était de synchroniser les 16 et 24 pistes, que cela tourne ensemble et les instruments enregistrés en 16 pistes ressortiront avec un son absolument sublime. Comme les bandes n’ont pas été rangées et pas joués pendant des mois, les overdubs sont ressortis à la surface et nous avons obtenu cet album au son magnifique. Quand j’ai proposé de faire ça, ils ont considéré cela comme de la sorcellerie. Je dois reconnaître qu’ils ont accepté l’idée , mais au fur et à mesure que l’on se rapprochait du moment de vérité ils devenaient de plus en plus nerveux. Surtout Guthrie. Je me souviens que nous finissions un morceau et que l’on devait effacer la copie de la batterie du 24 pistes, ce qui voulait dire que si les deux bandes n’étaient pas synchro il n’y aurait plus de batteries. James a blanchit quand je l’ai fait appuyer sur le bouton « efface », c’était comme si je lui demandais de fusiller un enfant .Quand cela a marché je n’avais jamais vu autant de soulagement s’affiché sur autant de visages. Ce procédé est une des principales raisons  du son si dense et si présent de cet album.


 
DEUX MORCEAUX :
COMFORTABLY NUMB

Guthrie : Tout le monde, même Roger , encourageait David à donner des idées, et un jour il est arrivé avec Comfortably Numb, il a fredonné  une mélodie sur la musique et c’était fantastique.


Gilmour :  Roger et moi avions de bonne relations de travail. Nous nous disputions beaucoup, souvent violemment, pour des raisons artistiques, pas pour des problèmes d’ego. Je ne pense pas que nous nous disputions le fait d’assurer le lead-vocal, Roger n’était pas ennuyeux là dessus. Mais nous avons réussi à faire des choses valables.  Comfortably Numb  était vraiment le dernier exemple de notre travail collectif, Roger et moi ,ma musique, ses textes. J’avais les bases de la musique déjà écrite, je l’ai donné à Roger, il a écrit quelques paroles et il m’ a dit «  Je veux chanter ces vers , est-ce que l’on peut rallonger çà de tant  de  mesures. »  et j’ai dit «  Ok,  je vais le faire. »

Waters : Il y a quelques années Karl Dallas a écrit un livre qui m’a rendu fou, il a dit que c’était David  qui avait écrit une chanson « irrésistible » de l’album : Comfortably Numb. Ce n’est pas vrai…..La vérité est que David m’a donné quelques accords, alors si vous voulez une dispute là dessus, - je ne veux pas de dispute à ce sujet -  je peux dire que j'ai écrit la mélodie et bien sûr les paroles. Je pense que dans le refrain  il a  effectivement fredonné un bout de mélodie, mais pas dans les couplets. Cela n’ a jamais été un problème pour moi ,  Je pense que c’est une très bonne composition. Pourquoi parlons-nous de çà ? Se disputer maintenant pour savoir qui a fait quoi, je crois que c’est devenu futile.
 
Ezrin : Comfortably Numb est parti d’une démo de Dave, un morceau en Ré avec un joli refrain qui s’élance et un couplet très maussade. Au départ Roger n’avait pas prévu d’inclure des compositions de David, mais nous avions des blancs à remplir. Je me suis battu pour cette chanson et j’ai insisté pour que Roger travaille dessus. Dans mon souvenir il s’y est mis à contre cœur, mais il s’y est mis. Il est revenu avec ces couplets a demi parlé et des paroles pour les refrains  qui pour moi restent parmi les meilleures jamais écrites. Le mariage de ces paroles, des mélodies et du solo  émotionnellement impressionnant  de David font que chaque fois que j’entends ce morceau j’ ai la chair de poule.

Gilmour : Nous sommes partis à LA avec deux versions -nous avons enregistré une backing track, juste la rythmique, que Roger et Bob  aimaient beaucoup mais que je trouvais un peu « molle » aussi nous avons fait une autre prise que j’aimais mieux.- et nous avons eu une grosse dispute  pour savoir laquelle des deux nous allions utiliser. Finalement on s’est servi de morceaux des deux et si maintenant l’on me fait écouter une des versions puis l’autre je ne suis pas sûr du tout de pouvoir faire la différence, mais c’était très important à ce moment là. Vous pouvez diviser Comfortably Numb  entre la lumière et l’obscurité…le passage où je chante «  When I was a child… » c’est la lumière, et « hello is there anybody in there » que chante Roger  c’est l’obscurité. Et sur ces passages noirs je voulais avoir un peu plus de guitare « grunge » alors que Roger et Bob ne voulait que basse, batterie et orchestre. Nous nous sommes disputés bruyamment  et j’ai perdu , mais je crois toujours que j’avais raison .Sur scène j’ai toujours ajouté ce son de guitare plus grunge.

 

ANOTHER BRICK IN THE WALL PART II

Waters : Sur la démo que j’avais fait je chantais juste en m’accompagnant avec une guitare acoustique.

Gilmour :Ce n’était pas mon idée de faire du disco, c’était une idée de Bob. Il m’a dit «  Va dans des boîtes et écoute ce qu’il se passe avec la disco. » Alors je me suis obligé à y aller et à écouter le lourd rythme, basse et batterie etc. et j’ai pensé «  C’est affreux… » Mais on s’est remis  au travail et on a essayé de changer un autres passage  de Another Brick   en disco pour le rendre entraînant. On a fait la même chose avec Run Like Hell.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

Ezrin : Je venais juste de faire une session à New York, Nile Rodgers et Bernard Edwards étaient dans le studio voisin. J’ai entendu ce drum beat et « Wow, cela marcherait terrible avec le rock ». Quand quelques mois plus tard en Angleterre j’ai écouté Another Brick j’avais encore ce rythme dans la tête.

Mason : Je ne me souviens pas d’avoir entendu quelqu’un se plaindre. Il y a une vitesse standard pour les morceaux discos et nous suivions cela à la lettre. Cela a été enregistré d’une façon très disco. Batteries et basses toutes seules et tout le reste ajouté petit à petit.

Ezrin : Ce que j’ai fait de plus important pour le morceau c’est d’avoir insisté pour qu’il comporte plus d’un couplet et d’un refrain, ce qu’avait écrit Roger. Quand nous l’avons joué, ave le beat disco j’ai dit «  Cela ca être un tube ! Mais cela ne fait qu’une minute 20, cela ne va pas passer. Il faut deux couplets et deux refrains » et ils ont répondu « Tu ne les auras pas,  nous ne faisons pas des singles, alors va te faire voir… » alors j’ai dit « Ok, comme vous voulez » et ils sont  partis. Mais avec notre installation à deux machines , pendant leur absence nous avons pu copier le premier couplet et le refrain, prendre un morceau de rythmique, le mettre au milieu et ainsi rallonger le refrain.
Alors la question est : que faites-vous avec le deuxième couplet qui est le même ? Comme j’avais fait « School’s Out »*(hit d’Alice Cooper en 72/73) je repensais à ce truc de faire chanter des gamins , après tout c’était le sujet de la chanson. Alors pendant que nous étions aux USA nous avons envoyé Nick Griffiths dans une école d’Islington, près du studio de Pink Floyd. J’ai dit : Je veux 24 pistes d’enfants qui chantent,  je veux du cockney,  je veux un accent distingué et je les ai mis dans le morceau. J’ai appelé Roger et quand il a entendu les enfants dans le deuxième couplet son visage s’est adouci et je savais qu’il savait que cela serait un disque important.

Waters : C’était super, exactement ce que j’attendais d’un collaborateur.

Gilmour : Et finalement on ne peut pas dire que cela ne sonne pas comme du Pink Floyd.


LA BROUILLE

 L’atmosphère dans les studios allait de la tension à la guerre totale. On a touché le fond  avec l’exclusion de Wright.

Ezrin : Il y avait des tensions entre les membres du groupe, et aussi entre leurs femmes. Il y a eut une période de grande hostilité en France, ce conflit à l’anglaise passivité agressive.

Mason :  Bob  voit peut être ça comme la guerre parce qu’il était sous le feu. Il traversait ce qu’on peut appeler une période instable. Il habitait à Nice*, et nous dans les collines et il redescendait donc à Nice une fois le travail terminé, et je suppose qu’il faisait la fête, et s’étonnait de nous voir mal réagir quand il arrivait en retard le matin suivant.

Ezrin : Roger et moi vivions un moment assez difficile. A cette époque je suis un peu devenu fou j’appréhendais vraiment de me retrouver face à cette tension, je trouvais n’importe quel prétexte pour arriver en retard. Je préférais ne pas être là quand Roger y était.

 Waters :  Il y avait certainement des tensions, mais en France le matin quand je me levais, et quand je montais en voiture pour aller au travail, je me sentais très bien, positif, j’étais impatient d’aller au studio. Mais nous avions des problèmes avec Rick - il était là en quelque sorte mais sans y être vraiment.

Gilmour : La plupart des querelles tournaient autour de désaccords artistiques. Ce n’était pas la guerre totale mais il y avait de mauvaises vibrations. Certainement envers Rick car il ne semblait pas faire sa part de boulot.

Wright :  Je voulais travailler mais Roger me rendait la tâche très difficile. Je pense qu’il envisageait déjà d’essayer de me virer.

Ezrin : Je voyais cela venir et cela m’ a vraiment rendu malade. Il y avait tellement de pressions sur Rick qu’il lui était pratiquement impossible  de répondre à ce qu’on attendait de lui. Comme s’il était en train d’être programmé pour échouer. Dans de telles circonstances je ne sais pas comment quelqu’un aurait pu survivre.

Waters : Pourquoi j’ai viré Rick ? ( d’un air las) Parce qu’il n’était pas prêt à coopérer au travail sur le disque. Ce qu’il c’est vraiment passé c’est que The Wall était le premier album pour lequel nous n’avons pas partagé les crédits de production entre les membres du groupe. Au début quand j’ai dit que j’allais engager et payer Ezrin j’ai dit «  Je vais produire le disque et David aussi, et nous allons être payés pour çà, mais toi Nick, tu ne fais pas de production et toi Rick non plus. Donc on ne va pas vous payer pour çà. Nick a dit d’accord mais Rick « Non, Je produis les disques exactement comme vous ». Donc on a décidé de commencer à travailler et qu’on verrait ensuite. Mais qui sera l’arbitre ?  Nous nous sommes mis d’accord sur Ezrin.
Donc Rick s’est installé dans le studio, il arrivait à l’heure pile ( ce qui était inhabituel) et restait jusqu’au bout tous les jours. Un jour Ezrin, un peu ennuyé de le voir ruminer dans son coin «  Je n’aime pas çà. » Ezrin m’a dit « Pourquoi est ce que Rick est encore là ? » J’ai répondu- «  Tu ne comprends pas ? Il fait ses heures pour prouver qu’il est un producteur, vas lui en parler. »Il l’avait fait et après çà Rick n’est pas revenu aux sessions, sauf si on lui demandait de faire ses parties de claviers. De toute façon il était presque incapable de jouer. C’était un cauchemar et je crois que c’était le début de la fin.
Vous me demandez comment cela a fini, nous avions décidé de livrer l’album début octobre et nous avions pris des vacances en août. J’avais pris des partitions et des papiers pour travailler ( écrire les chansons) et j’ai réalisé que nous n’aurions pas fini à temps. Alors j’ai téléphoné à Ezrin «  Serais tu prêt pour commencer les claviers avec Rick une semaine plus tôt que prévue à Los Angeles ? » Il a dit « Ok, merci beaucoup… », parce que juste l’idée de faire les claviers avec Rick, alors j’ai continué «  Tu sais, tu peux engager un autre musicien, au cas ou il n’arriverait pas, mais si tu arrives à tout faire avant que nous arrivions on pourra finir dans les temps »
Quelques jours plus tard j’ai reçu un appel de O’Rourke. Je lui ai demandé « As-tu parlé à Rick ? » « Oui, il m’a dit, dis à Roger d’aller se faire voir » Voilà, j’ai fait tout ce boulot et Rick n’a rien fait pendant des mois et me dit d’aller me faire……J’en ai parlé avec Dave et Nick  « Je ne peux plus travailler avec ce type, il est impossible » et ils ont tous les deux ont approuvé « oui, il est impossible » Nous étions tous d’accord. Pour que cela ne traîne pas en longueur j’ai suggéré que O’Rourke  négocie avec Rick, soit c’est une longue bataille, soit il est d’accord,  et il termine l’album, garde ses parts du disque et quitte le groupe sans faire de vagues. Rick était d’accord. Alors vous voyez que l’image du grand méchant Roger qui se débarrasse subitement et sans raison de Rick  c’est vraiment une idiotie.

Gilmour : (Soupir) Je n’étais pas d’accord du tout. J’ai été dîner avec Rick après que Roger lui eut  annoncé tout çà et je lui ai dit que je le soutiendrais s’il voulait rester dans le groupe. Je ne lui pas dit qu’il n’avait rien fait de bien pour le disque et que moi-même je n’étais pas très content de lui.- C’est vrai il n’a pas fait grand chose et une grande partie des claviers a été assurée par moi, Roger, Bob Ezrin, Michael Kamen, Freddie Mendell- Mais son rôle dans le groupe était sacro-saint pour moi. Ma position à l’époque , et encore maintenant, c’est que c’est celui qui n’est pas content qui doit partir. Je ne pense pas que cela soit son rôle de renvoyer les autres.

Waters : J’ai discuté avec Dave, dans mon jardin, dans le sud  de la France et il m’a dit « Débarrassons-nous de Nick aussi ». Je parie qu’il ne s’en souvient pas. Cela ne serait pas pratique. J’ai répondu « Oh, Dave, Nick est mon ami ! »

Mason : Je pense vraiment que j’aurai pu être le suivant. Et après cela aurait été Dave. Cela semble bizarre d’en parler maintenant. Je pense que Roger ressentait de plus ne plus que The Wall était son idée et qu’il voulait les pleins pouvoirs. Roger et moi sommes amis depuis que nous étions étudiants, avant même que le groupe soit créé, et je pense qu’à cause de cela ma situation était plus forte.
Mais ce qui a toujours était vrai c’est qu’il y a toujours eu une espèce de désaccord philosophique dans le groupe ; Roger et moi étions considérés comme ceux qui aimaient les effets spéciaux, le spectacle, la technologie, la non-musique d’une certaine façon, alors que Dave et Rick avaient une position beaucoup plus musicale. Je généralise largement, mais je pense que le conflit a démarré quand l’on a décidé que ce serait une grosse production théâtrale, parce que Rick n’est vraiment pas quelqu’un avec qui on pourrait se battre, il est très doux.. Dans cette situation il a été lui-même son pire ennemi et il aurait pu en faire un peu plus et désamorcer le conflit, mais je pense que Roger a très bien manœuvré ( rires). A coté de lui Staline était un vieux gâteux. A l’époque on était tous sans espoir et impuissants de pouvoir changer les choses. Roger nous avait clairement fait comprendre que si Rick restait, lui partirait  avec l’album, et cette menace financière, ( pas seulement des pertes, mais la banqueroute) qui pesait sur nous était très inquiétante. Nous subissions beaucoup de pressions. Je me suis senti coupable, je me sens toujours coupable. Avec le recul on peut penser que l’on aurait agi différemment et mieux. Mais on aurait peut être fait la même chose.

Wright : Il aurait été aussi facile de dire « Oh, il est parti parce qu’il avait un problème avec la cocaïne, ou avec l’alcool ». Je peux honnêtement dire que ce n’était pas un problème de drogue. Roger en prenait, j’en prenais, Dave, Nick, Bob Ezrin, mais de façon très sociale, cela ne traînait pas partout dans le studio.

Waters : Il y avait des gens qui en prenait beaucoup. L’un de nous a eu des gros, gros problèmes.  Je n’en prenais certainement pas à cette époque.

Wright :  Quand j’y repense, depuis le début Roger et moi n’avions jamais été de grands amis, mais nous n’étions pas ennemis, jusqu’au jour où il a commencé son trip d’ego. Le jour où il a décidé de prendre le contrôle sa première démarche a été  « Je me débarrasse de Rick, je ne l’ai jamais aimé de toute façon » Cela faisait parti de son super plan pour devenir le leader, le compositeur, le producteur et de faire jouer les autres pour lui. Je pense que l’étape suivante, bien qu ‘ils étaient de grands amis aurait été de virer Nick, c’est ce que j’ai entendu, et alors David serait devenu le guitariste et aurait utilisé des musiciens de studio. Vous pensez peut être que c’est des bêtises, mais c’est ce que je le suspecte d’avoir pensé.
Je pense qu’il vous dirait que j’avais perdu de l’intérêt pour le groupe-Il y avait des moments, à l’époque d’Animals, où je discutais avec notre manager et je lui disais « Il faut que je quitte le groupe, je ne supporte pas l’attitude de Roger », mais je ne pensais pas sérieusement à partir, bien que parfois je n’étais vraiment pas très heureux.  A l’époque je divorçais, et je n’étais pas très emballé par The Wall, de toute façon je n’avais aucuns morceaux. Il a du voir que je n’avais pas contribué à l’album, mais il ne m’autorisait pas à participer. Nous avions pris quelques jours à la fin de l’enregistrement en France et je suis parti retrouver ma famille en Grèce. J’ai reçu un appel de Steve pour me dire «  Viens tout de suite à LA, Roger veut que tu commences à enregistrer les parties  les claviers » Je lui ai dit «  Cela fait des mois que je n’ai pas vu mes enfants, je viendrais à la date que l’on avait fixée ». Il a répondu « D’accord, je comprends » Le jour venu, j’ai vu  Steve et il m’a dit «  Roger veut que tu quittes le groupe ».

Mason : Il  a simplement accepté et il est parti. Je pense qu’une partie de lui pensait «  De toute façon j’en ai assez, surtout si cela doit continuer comme cela »

Wright : J’ai défendu mes droits. Dave et Nick diront  « Ce n’est pas juste, nous pensons que c’est injuste »  Quand nous avons eu cette réunion Roger avait dit «  Soit tu pars, soit je ne vous laisse pas enregistrer ce que j’ai pour The Wall » C’était peut être du bluff, mais c’est ce qu’il m’a dit. Il faut se souvenir que nous étions dans une très mauvaise situation financière et il m’a dit « Tu pourras avoir toutes les royalties pour l’album mais tu peux partir maintenant  et on trouvera un autre pianiste pour finir. » Et j’ai passé des jours entiers et des nuits blanches à réfléchir à tout çà.
J’aurai pu  considérer que c’était du bluff et lui dire « OK, vas faire ton album solo » et je pense qu’il aurait répondu «  Ok,  je jette tout ce que j’ai fait » Cela lui appartenait  et il avait le droit de le faire, j’ai réfléchi et j’ai décidé que je ne pouvais plus travailler avec ce type quoiqu’il arrive. J’étais effrayé par la situation financière et de toute façon je pensais que le groupe s’écroulait. Je ne sais pas, et je crois que je ne saurais jamais ce qu’il se serait passé si j’avais dit « Non, je ne pars pas. » J’ai pris la décision de partir, je ne sais pas si j’ai eu tort ou raison . Mais j’ai pris la décision de finir l’enregistrement de cet album et je voulais participer aux concerts, et ensuite Bye Bye. Une chose intéressante à ce sujet, si Roger pensait que je ne pouvais plus jouer pourquoi a t il dit «  Ok, c’est bon, tu peux finir les enregistrements et faire les shows » ? C’est très bizarre et étrange, et c’était à une époque dans ma vie personnelle ,où  j’étais comment dire…. Confus.

Guthrie : Rick a très bien joué sur cet album, je ne sais pas si l’on s’en souvient, mais il y  a des passages fantastiques à l’orge Hammond.

Wright : Mon thérapeute est convaincu que je suis toujours très en colère, et dans un certain sens  je le suis. Je pense que c’était déplaisant. C’est mon groupe aussi bien que le sien. Le fait que Dave, Nick et Roger se soient brouillés juste après -( ils ont fait The Final Cut mais pour moi c’était ridicule, ils se sont presque battus en studio
Dave refusait d’être crédité)-m’a aidé à supporter le fait que j’aie quitté le groupe. Mais je n’ai pas aimé la façon dont cela c’est passé, je continue à penser que ce n’était pas la bonne façon de la faire 18 ans après. J’ai l’espoir qu’un jour j’en discuterai avec Roger et qu’alors il dira « Oui, ce n’était pas juste »

 Waters : Non, c’était vraiment la chose à faire.

 

THE WALL


L’album a été complété à Los Angeles, la couverture faite par Gerald Scarfe et Roger Waters. Les notes de la pochette sur le tirage original en vinyl créditent trois producteurs, un coproducteur, quatre ingénieurs du son, trois auteurs, deux arrangeurs pour l’orchestre, six choristes, un responsable du son et l’école d’Islington Green. Mason et Wright ne sont cités nulle part.

Wright : J’avais oublié cela, Nick n’était pas mentionné non plus ? Je me demande pourquoi maintenant, mais à l’époque j’avais laissé le groupe et tout abandonné.

Mason : Je n’étais pas très content. Je pense que cela  a été rectifié sur les pressages suivants..

Gerald Scarfe : Je pense que Roger avait une idée très arrêtée sur ce que devait être la pochette- complètement blanche avec des briques. J’ai fais un croquis un soir que nous étions ensemble en France. A l’intérieur il y avait tous les petits personnages que j’avais dessinés pour The Trial.

Gilmour : Storm (Thorgeson) avait déjà été un peu évincé à l’époque. Roger était très  mécontent de lui- ce sont de très vieilles histoires dont je ne peux plus me souvenir exactement, mais je pense que cela a éclaté quand Hipgnosis a mis Animals dans un livre sur des pochettes d’albums et l’a présenté comme son travail sans dire que c’était une idée de Roger. Roger recherchait de la reconnaissance pour tout à l’époque et cela l’a beaucoup vexé.

Mason : Il y eut beaucoup d’auditions du disque. Un des cadres de CBS  a été complètement consterné, est reparti en disant «  C’est nul, qu’est ce qu’on va faire ? ». Bien sûr cela c’est bien terminé.

Guthrie : La plupart des groupes doivent rendre des comptes aux maisons de disques,  Pink Floyd c’est plutôt  « Nous allons faire un disque et vous l’entendrez quand il sera terminé. » L’audition officielle devait se passer dans les bureaux de CBS à Century City. Je suis arrivé plus tôt avec une bande d’un quart de pouce pour tout préparer ( la sono) dans leur salle de conférence. Quand° on est arrivé au moment ou l’on entend les stukas descendre, c’était si fort que cela a fait  claquer l’enceinte droite, et nous avons du chercher dans tout l’immeuble une salle suffisamment grande et une sono même à moitié correcte. A la fin nous en avons  trouvé une, vidé les meubles, mis des coussins, éteint les lumières et joué l’album.

Wright : L’audition était un moment très difficile et très étrange. Je pense que j’étais engourdi émotionnellement.

Gilmour : Cela a été un moment magique « Yep, nous avons bien réussi. »

Waters : Une grande œuvre classique.


LE SHOW

Déjà le plus grand spectacle de Pink Floyd : 45 tonnes d’équipement, sono quadriphonique de 106 décibels, un bombardier, des dirigeables, les monstrueuses marionnettes de Gerald Scarfe, un faux Pink Floyd avec des masques et 340 briques pour bâtir un mur de briques ( avec un système hydraulique caché) de 50 mètres de long et haut de 10 mètres.

Ezrin : Nous avions tout mixé en France, tout rassemblé en séquences. Nous avions installé une maquette sur une table avec des petits personnages en caoutchouc et des personnages gonflables, et nous et nous jouions le show en écoutant le disque, cela a donc été une complète expérience audio visuelle la première fois que le groupe a entendu The Wall. Nous ne faisions pas juste un album  nous construisions aussi le spectacle d’après le scénario. Roger et moi commencions à 8h30 le matin chez Gerald Scarfe, nous regardions les animations puis nous discutions de la scène avec Mark Fisher, (un architecte designer extraordinaire) Nous avons passé beaucoup de temps à peser les briques pour être surs que personne ne serait tué si elles tombaient. Nous avions même pensé dessiner notre propre salle de concert pour l’emporter en concert, une espèce de tente de la forme d’un vers.

Waters : Ceux du groupe n’ont rien à voir avec le show. Ils aiment penser qu’ils l’ont fait mais non. Si vous lisez le programme du spectacle vous verrez sur la première page, « The Wall, composé et dérangé par Roger Waters,  interprété par Pink Floyd » C’est tout. Je n’étais plus intéressé par travailler en groupe
J’ai commencé à travailler avec Gerald pour voir quelles genres d’idées il pourrait avoir. Et c’est probablement d’une de ces propositions en dehors de ses idées pour l’animation qu’est venue l’idée que l’on pourrait faire un film. Le scénario original que j’avais commencé à écrire était sur un show rock, nous jouions et commencions à bombarder le public -une idée étrange et surréaliste-  et ce n’est que plus tard, avec l’arrivée d’Alan Parker que sur son conseil nous avons abandonné l’idée d’utiliser les scènes du groupe filmé en jouant The Wall et que nous avons adopté l’idée d’une histoire.

Scarfe : J’avais déjà travaillé sur Wish You Were Here (films pour les concerts)* et j ‘avais sympathisé avec tout le groupe. Après avoir écrit The Wall Roger est venu me faire écouter les démos et me dire qu’il voulait en faire un album, un spectacle et un film. Il a été très honnête sur l’origine du projet. Une bière ou eux et il est intarissable, comme tout le monde, sur sa vie, les choses qui l’ont marqué.
Nous semblions bien nous entendre. J’aime son sens de l’humour- il a  le même  sens de l’humour acerbe que moi, une façon cynique de voir la vie  et a bon sens de la répartie. Nous avons énormément joué au snooker, cela devenait presque des compétitions fanatiques ; mais nous ne jouions pas pour de grosses sommes d’argent.
Roger gagnait la plupart du temps. Roger est une de ces personnes merveilleuses qui semble comprendre que quand vous engagez un artiste vous l’engagez complètement, vous ne lui dites pas ce qu’il doit faire. Bien sûr nous avons eu des discussions mais c’était à moi de décider de la façon d’illustrer. Ils avaient déjà parlé d’utiliser des personnages gonflables mais c’est moi qui les ai dessinés.
Je devais d’abord décider à quoi ressemblerait Pink- je le voyais comme ce petit personnage embryonnaire, comme une crevette, quelqu’un de très vulnérable, parce que le sujet est sur la façon dont on se cache derrière un mur parce que nous ne voulons pas être blessées par les autres. La femme, j’ai pensé à un serpent qui frapperait et piquerait-  Je ne savais pas à quoi ressemblait l’ex femme de Roger, donc cela n’a rien à voir avec elle. Pour le professeur je me suis inspiré vaguement d’un prof que j’avais connu. La mère était quelqu’un de démodé, des années 50, quelqu’un de réconfortant avec ces bras très forts qui se transformaient en mur. J’ai eu l’idée des marteaux en cherchant une image très cruelle, quelque chose de rigide, qui ne peut pas penser,  que l’on ne peut pas arrêter, et alors j’ai pensé à ces marteaux marchants au pas de l’oie.
Il y a de l’humour dans tout çà,  je l’espère, mais tout est en fait très austère. Comme toute l’histoire.  Goodbye Blue Skies  (sic) est une de mes animations préférée, pour moi c’est un hymne à la deuxième guerre mondiale et la tristesse qui en découle.. J’étais un petit enfant pendant la guerre et je me souviens de ce que je ressentais en voyant les bombardiers et les masques à gaz - ils en faisaient en forme de Mickey pour les enfants, parce qu’ils étaient vraiment effrayants, et on avait une peur claustrophobique de les porter.- J’ai donc dessiné des personnages que j’ai appelé les Frightened Ones qui avaient des têtes comme des masques à gaz et qui courraient vers les abris pendant les bombardements. Les dessins animés ne doivent pas être tous remplis de gentils lapins de Disney gambadant, c’est illimité, surréalistique. J’ai vraiment essayé très dur avec le travail que les gens de Pink Floyd m’avait donné- (Bien sûr j’ai surtout travaillé avec Roger, mais tout le groupe était avec moi)- afin de leur donner le meilleur de moi-même. Diriger une production de dessins animés et un travail très prenant et très long, il m’a fallu plus d’un an. Et beaucoup de snooker.

Wright : Pour moi l’idée originale du concept de Roger sur le show était de construire un mur, de rentrer chez lui en laissant le public mécontent. Mais une fois que le mur  a été construit et tous les trucs visuels, les trous et trappes par lesquels on apparaissait, c’est devenu une très bonne idée théâtrale.  

Gilmour : Je pense à des choses comme ce qu’ont fait plus tard Spinal Tap (vidéo parodique d’un groupe de rock)* et leur merveilleux Stonehenge, cela avait un sens, et si la raillerie avait dû  nous arrêter cela serait arrivé des années plus tôt. Les shows étaient incroyables. J’étais très content d’y participer. Au cours des trente spectacles j’ai pris conscience de la restriction (rigueur) imposée par la mise en scène. - Il n’y avait plus de place pour la musique et l’improvisation. Il fallait  percevoir le show comme quelque chose de différent - c’est autant du théâtre que de la musique.
J’étais responsable de toute la partie technique. J’avais un papier (avec  tous les signaux indiquant ce qui devait se passer) de près de 2 mètres de long sur mon ampli pour les premiers shows, je n’en avais plus besoin après, et je savais à quel moment quelque chose se passerait, un film, un effet au sol, et j’avais un moniteur de contrôle pour ajuster le digital delay de mon équipement et de ceux de Roger, Rick and Snowy (White) donc avec tout çà je n’ai pas vraiment pu remarquer ce qu’il se passait autour de moi.

Mason : La batterie était dans une cage blindée, pour que le mur ne l’abîme pas en tombant. C’est un environnement curieux, assez agréable, un peu comme dans un studio, mais pas tout à fait parce que je participais et que c’était étrange, à moitié live. Pas très spontané, mais nous n’avions pas la réputation de faire le duck-walking (comme Chuck Berry)* ou d’arpenter la scène.

Wright : Pourquoi avais j’accepté de jouer ? Peut être parce que je n’avais peut être pas complètement accepté l’idée que c’était fini avec le groupe. Je pensais que si j’allais partir j’avais encore un ou deux mois à continuer de travailler, avec peut être en réserve de moi l’idée que les choses pourraient changer. Pendant les concerts Roger était raisonnablement amical. C’était difficile mais j’ai essayé d’oublier toute ma rancune et j’ai aimé jouer The Wall. Je me suis donné complètement pendant ces spectacles et je pense que Roger était content. Nous nous parlions de façon courtoise. Ce n’était pas si mal après tout.

Mason : Bien sûr que ce n’était pas si mal, les Anglais sont très bons à ce jeu, juste continuer malgré que l’on soit absolument en train bouillir intérieurement.

Waters : c’était un fait accompli, Rock recevait un salaire, il paressait en être content, nous en étions contents et c’est tout. Où peut être qu’il n’était pas satisfait, mais nous n’en avons pas parlé. En coulisse c’était chacun pour soi- caravanes séparées, surtout pas face à face- ha, ha-avec nos petits groupes de supporters. L’atmosphère était horrible, mais l’enjeu, le boulot, le spectacle était si important que je ne pense pas que cela ne m’a pas du tout affecté sur scène.

 Wright :  Cela montre une autre raison pour laquelle je n’étais pas triste de partir, le groupe n’avait plus aucun sens de la communication, ni de camaraderie. Mais les groupes peuvent grimper sur une scène et jouer même si les musiciens se détestent. Je pensais que c’était un groupe en train de tomber en morceaux. Et c’est ce qui est arrivé.

 Ezrin : On m’avait demandé naturellement de m’occuper des shows et je ne pouvais pas. J’étais en train de divorcer et de me battre pour mes enfants. Je ne pouvais pas pour cette raison et aussi à cause d’un incident, au cours d’une conversation téléphonique avec un journaliste, que je croyais être un ami, j’ai brisé la loi du silence et  Roger qui était déjà très nerveux et préoccupé par la situation de Rick. J’ai donc été banni des coulisses. J’y suis quand même allé, j’étais chez moi à New York, tous les services de sécurité me connaissaient à cause de mon travail avec Kiss et Alice Cooper. Quand la sécurité de Pink Floyd m’a interdit de rentrer, les gardiens que je connaissais ont pris ma défense…Mais j’ai du acheter un billet pour voir le concert. C’était écrasant et parfait. Je me suis mis à pleurer pendant Comfortaby Numb quand Dave a joué son solo du haut du mur. C’était l’aboutissement de toute cette expérience.. Pour finir The Wall est, on pourrait le dire le meilleur travail de cette décade, et peut être un des albums les plus  important de tous les temps.

 


THE FINAL CUT

En 1980 et 1981 The Wall a été joué à Los Angeles, New York, Dortmund et London,  puis encore à Earl’s Court pour que le concert soit filmé bien que cela n’apparaîtra pas dans le film. Puis le groupe a commencé à travailler sur The final Cut.

Waters : J’avais les pleins pouvoirs pour The Final Cut.

Gilmour : On a en a déjà parlé. Ce n’était pas bon pour le groupe quand Roger avait les pleins pouvoirs, il n’était pas capable.  Il n’a jamais eu beaucoup de succès avec tout ce qu’il a entrepris en ayant les pleins pouvoirs.
 
Waters :  Le concept  ( du thème de The Wall influençant le comportement de son auteur) est un point de vue convenable pour les gens. La distance est coutre entre un leader et un dictateur. Nous sommes tous des volontaires. Personne n’était obligé de rester. Même pendant The Final Cut quand tout a explosé j’avais vraiment très envie de faire le disque seul. On se disputait depuis 1974, cela faisait trop longtemps. A un moment il faut dire que cela ne marche plus, il faut que l’on se sépare.

Gilmour : Roger a dit que c’était fini. J’ai dit que je ferai probablement un autre disque. Il m’a fait clairement comprendre qu’il ne ferait pas d’autre disque avec nous, et je lui ai fait comprendre que je le ferais..

Waters : Je veux travailler en ayant autour de moi des gens créatifs, vivants, intéressés et intéressants et passionnants, Dave n’a rien de cela. Il n’a pas d’idée et n’est pas intéressé  par les gens qui en ont, sauf quand ils peuvent composer des disques sur lesquels il peut mettre son nom. C’est ce qui est arrivé depuis que je suis parti.

Mason : Je n’aurai jamais pensé que nous pourrions continuer  sans lui jusqu’au jour où Dave a dit «  Nous pouvons le faire, essayons » Le sentiment était que ce n’était pas à lui (Roger) de tuer le groupe.

 Waters : Je n’ai pas décidé la mort du groupe. J’ai juste dit que cela serait la meilleure chose. Je serais très affligé si Paul MacCartney et Ringo Starr faisait des disques et tournaient en s’appellant les Beatles. Si John Lennon n’en fait pas partie c’est un sacrilège. Je ne veux pas faire dire à Dave ce qu’il n’a pas dit, mais d’après ce que j’ai lu, pour lui beaucoup de gens estimaient qu’après le départ de Syd  ce n’était pas bien de garder le nom Pink Floyd. Le travail que nous avons fait ensemble tous les quatre après le départ de Syd est la même chose que l’œuvre des Beatles, et pour moi c’est ce qui est important dans Pink Floyd. Et pour en terminer avec Gilmour et Mason, pour moi faire appel à des tas de gens pour composer des morceaux c’est une insulte au travail que nous avons fait. Et c’est pour cela que je veux qu’on leur retire le nom de Pink Floyd.

 


FIN

 
Et merci encore à Michael pour son aide.

Un merci tout particulier à Geneviève ;~)
 

 


- Signs of Floyd 2003 -