DAVID GILMOUR INTERVIEW
TELERAMA #2710 Décembre 2001

Cette transcription issue du site internet
de Télérama est légèrement différente de celle
publiée dans le journal, où les réponses de Dave sont,
comment dire? Plus approfondies...
Vous trouvez donc à la suite les scans du magazine.
Des extraits en Real-audio sont également disponibles sur le site de
Télérama.
Télérama : Cette compilation, Echoes,
est-ce vraiment le meilleur du Pink Floyd ?
David Gilmour : Il
ne faut pas prendre ce disque comme une histoire chronologique et complète
du Floyd. Il s'agit de reconstruire une oeuvre cohérente en assemblant
des titres puisés dans toute notre oeuvre. C'est intéressant de
voir les différences et les similitudes à travers les périodes.
Télérama : Quand avez-vous connu
Syd Barrett et Roger Waters ?
David Gilmour : Syd
et moi étions amis depuis l'âge de quatorze ans. Roger, lui, était
plus agé de deux ans, ce qui est beaucoup : à l'école,
on se mélange rarement avec ceux des autres années. J'ai donc
fait sa connaissance plus tard, grâce à Syd.
Télérama : Appréciez-vous
le groupe à son origine, avant d'en faire partie ?
David Gilmour : Je
savais que Syd Barrett était très talentueux mais le groupe n'était
pas vraiment ma tasse de thé en 1967. J'étais en Espagne puis
en France quand son premier album est sorti.
Télérama : Comment avez-vous trouvé
leur premier album ?
David Gilmour : Je
l'ai adoré, je me souviens de l'avoir écouté alors que
je vivais dans le nord de la France à Etretat. Je jouais dans un club.
C'est sorti au même moment que Sergeant Pepper's des Beatles et je trouvais
ça fabuleux : je n'en revenais pas de constater à quel point Syd
barrett s'était transformé en un compositeur accompli et original...
Télérama : Les trois autres vous
ont recruté pensant que vous pourriez sauver votre copain Syd ?
David Gilmour : Oui,
ils voulaient que Syd continue... Ils avaient très peur de perdre son
talent de compositeur. C'était compréhensible. Ils avaient songé
à recruter une pointure, Jeff Beck, pour le remplacer, mais Jeff n'était
ni auteur ni compositeur et encore moins chanteur. Je pense que j'étais
leur meilleur choix : j'avais la voix, une certaine technique à la guitare
et, en plus, je venais du même coin et du même milieu qu'eux.
Télérama : Comment s'est forgé
le style Pink Floyd deuxième formule ?
David Gilmour : On
ne savait pas exactement où on allait. Quand j'ai rejoint le groupe,
ils avaient déjà commencé à enregistrer en studio
A Saucerful of secrets. A l'enregistrement du titre du même nom, il semblait
bien que nous avions créé un style. Les concerts étaient
de mieux en mieux, nous étions toujours en tournée, on a fait
toute l'Europe et l'Amérique en 68, 69 et 70... On était vraiment
bon sur scène. Pour le studio, cela a pris plus de temps, plus de travail,
nous avons vraiment progressé...
Télérama : Avec le recul, pouviez-vous
entrevoir ce qu'allaient être vos relations avec Roger Waters ?
David Gilmour : Roger
n'était pas très sûr de sa propre capacité à
composer ni même de ses qualités de musicien. J'avais certainement
plus confiance en moi, même si je ne m'étais pas non plus réalisé
en tant que musicien. Il a fallu que Syd parte pour que Roger s'épanouisse.
Il est très intelligent et déterminé, il a assumé
la responsabilité de sauver le groupe.
Télérama : Que jouez-vous lors de
vos concerts en solo ?
David Gilmour : Principalement
des morceaux du Pink floyd mais aussi une chanson de Richard Thompson, Terrapin
de Syd, un extrait d'un opéra de Bizet, une chanson de Chitty Chitty
Bang bang qu'adorent mes enfants... et une nouvelle chanson !
Télérama : Vous sentiez-vous proche
des concepts et des messages assez austères que Waters developpait dans
ses textes ?
David Gilmour : Pour
être en désaccord, il vaut mieux avoir une alternative à
soumettre. Or, je n'ai pas le talent d'écriture de Waters. Et puis, je
ne vois pas ce qu'on peut reprocher à Dark side of the moon. Même
chose pour Wish you were here : je n'ai pas mis longtemps à accepter
que l'idée d'absence, le thème évoqué, était
avant tout le nôtre, celle de musiciens d'un groupe populaire qui ne savait
plus où ils allaient.
Télérama : Il y avait beaucoup de
malentendus autour de vous ?
David Gilmour : Nous
avons toujours suscité la rancoeur, parce que l'on nous trouvait prétentieux.
Et nous l'étions, puisque notre prétention consistait à
pousser l'experimentation le plus loin possible.
Ce genre de parti pris est toujours risqué : il suffit d'un rien pour
paraître arrogant.
C'est ainsi que nous sommes devenu selon la presse "ce gros monstre puant
et distant" qui remplit les stades...
Télérama : Après la séparation
de 1983, tandis que Roger passait pour un mégalo amer, vous-même,
en réactivant le groupe, étiez perçu comme âpre au
gain. En avez-vous souffert ?
David Gilmour : La
vie est injuste. Mais je mentirais si je disais que je n'ai pas été
profondément blessé par ces personnes qui ont dit ou écrit
sur moi. On me traitait "d'oncle Picsou" qui exploitait les pauvres
Nick Mason et Rick Wright. Il faut savoir que Nick et Rick étaient des
êtres détruits en 1987. Roger, qui pouvait être très
dur, les avait cassés moralement, il avait convaincu Rick qu'il n'était
rien et l'avait congédié avant The Final Cut. Pour Nick, ce n'était
guère mieux : il ne savait même plus jouer de la batterie !
L'album et la tournée A momentary lapse of reason en 1987, ont au moins
servi à reconstruire ces deux hommes brisés. Ne serait-ce que
pour ça, je ne supporte pas qu'on attaque mon entreprise : continuer
à faire vivre le Floyd. Je l'ai fait seul, par devoir et par droit, par
pour l'argent...
Propos recueillis par Hugo Cassavetti
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-SoF 2001-