Interview ADRIAN MABEN
Par Jean-manuel et Nicolas

Merci de nous contacter pour toutes utilisation de ce texte, autre que privée bien sûr.

Vous savez tous ce que c'est : il suffit de dire à quelques collègues de travail que vous êtes fans de Pink Floyd pour que l'un vous raconte qu'il connaît quelqu'un qui les a vu en concert à Londres en 1967 ou que l'autre prétende que Gilmour est son parrain … Autant d'anecdotes impossibles et de toutes façons invérifiables.

Un jour un collègue me raconte qu'il connaît quelqu'un qui passe régulièrement ses vacances avec Gilmour et Waters. Jusque là, c'est du classique. Mais cette fois-ci il y avait des arguments plus marquants : "Oui, c'est un réalisateur, mais je ne me souviens plus de son nom. Il a fait un film avec eux".

Histoire de montrer que j'en connais un bout sur le sujet je lui cite de tête : Barbet Schroeder, Antonioni ou Maben ? Et boum, j'apprends que Maben est free lance pour France 3 et réalise régulièrement le "Soir 3" à 23h30. (ndlr : ce qu'il ne fait plus depuis la mi 99).Travaillant à France 3, il ne me fallut pas beaucoup de temps pour avoir ses coordonnées et fixer un rendez-vous.

L'entretient dont vous allez lire une bonne partie du compte rendu s'est donc déroulé le 21 janvier 1999, vers 20h30. Monsieur Adrien Maben (les gens prononcent son prénom à la française ce qui est rigolo) nous reçoit très gentiment en plein milieu de la salle de rédaction de France 3. Il répond d'une petite voix flûtée légèrement empreinte d'un accent anglais très distingué.

Signs of Floyd : Nous sommes très étonnés de vous rencontrer ici en France. Nous aurions jurés que vous étiez anglais !
Adrian Maben : Et bien techniquement, je suis à moitié français et à moitié écossais. Mais j'habite Paris car je trouve plus agréable de vivre à Paris et de visiter Londres ou l'Ecosse que l'inverse.

Signs of Floyd : Comment le film Pink Floyd à Pompeï est-il né ? Est-ce votre idée ou est-ce le groupe qui est venu vous chercher ?
Adrian Maben : Non, c'est mon idée. C'est moi qui voulais faire ça et qui ai tout fait pour faire aboutir le projet. Mais en fait le film n'a rien à voir avec le projet initial que j'ai présenté au groupe, ce qui est souvent le cas avec les films. On a un projet, une idée, un scénario et le résultat en est très éloigné.

Signs of Floyd : Par exemple ?
Adrian Maben : Il y a beaucoup de hasard dans cette histoire en fait, car l'idée de Pompeï est venue bien plus tard. Un jour, alors que je visitais Pompeï, j'ai compris que c'était là que je devais amener le groupe à tourner. Et je crois que c'était une vraiment bonne idée. On a des bonnes idées parfois et celle là a fait tilt. Je me suis dit qu'après Woodstock qui avait été un événement très populaire, ou le spectacle était autant dans la foule que sur scène, avec un public tellement énorme, je voulais faire un film à l'extrême de cette ambiance. Je voulais quelque chose de très zen, très vide, donc sans  public. Enfin, il y avait bien quelques gamins d'une dizaine d'années qui regardaient … Et puis il y a à Pompeï une telle nostalgie, une telle tristesse que j'ai vraiment pensé que c'était le meilleur endroit pour filmer le groupe. Je crois que l'idée les a séduit aussi.

Et puis Echoes est sorti. Je l'ai entendu pour la première fois dans la chambre de l'hôtel la veille du tournage. Le groupe m'avait fait graver un disque spécialement. Et ça tombe bien parce que dans cette arène, le son se réfléchi sur les pierres et il y a beaucoup d'écho. Le son est excellent grâce à ça, presque aussi bon que dans un studio d'enregistrement.

En fait le plus dur a été de trouver une semaine de libre dans leur emploi du temps car à l'époque, bien qu'ils n'aient pas encore été en haut de la vague, ils n'en étaient pas loin. On sentait que ça allait arriver. C'était le début de Echoes et avant Dark Side. On a donc tourné une première partie en 1971 puis une seconde en 1972.

Signs of Floyd : Oui, les interviews en studio lors de l'enregistrement de Dark Side justement
Adrian Maben : C'est ça oui. Un an après. Mais le film était déjà sorti en salle, en version courte de une heure

Signs of Floyd : C'est donc pour ça que l’on a des versions vidéos de une heure sans les interviews et d'autres avec. Cela dépend de quelle version est tirée la vidéo.
Adrian Maben : Oui. En fait je n'ai pas vraiment de droit de regard sur le film. Enfin, je veux dire quant à sa diffusion en vidéo ou vidéo disque. Polygram est le détenteur des droits et le seul exploitant du film. Ils peuvent toujours me consulter bien sur. Comme c'est le cas pour la nouvelle version qui va sortir.

Signs of Floyd : Quelle nouvelle version ?
Adrian Maben : Et bien, nous travaillons sur une version en DVD qui devrait sortir vers la fin de l'année. On en profitera pour modifier quelques plans qui sont un peu faibles et améliorer la qualité sonore et visuelle.

(ndlr: 12/2000, il apparait qu'i y ait eut un problème avec les bandes originales et il est vraisemblable que le DVD de Pompeii ne verra jamais le jour...à suivre tout de même!)

Signs of Floyd : Comment cela ?
Adrian Maben : Je suis en train de remonter le film en numérique directement à partir des négatifs originaux. Comme vous le savez, les copies films qui sont sorties à l'époque, ou les vidéos plus récentes apparues dans les années 80, sont copiées à partir d'un positif film. Désormais, en numérique on peut travailler directement à partir des négatifs, gagnant ainsi deux générations sur l'image [ Note : car on ne fait pas de copies directement à partir du négatif original mais à partir de copies intermédiaires ]. Quant à l'audio, on peut désormais beaucoup mieux en prendre soin qu'à l'époque. Et je vais en profiter pour modifier deux choses : tout d'abord remplacer les séquences sur fond bleu dans Echoes, sauf les passages ou ils sont silhouettés sur lesquels on ne peut rien faire. On va essayer de mettre des prises de vue de l'univers filmées par Hubble le télescope géant en orbite autour de la terre. Ensuite, je vais un peu modifier les passages d'interviews. Rick Wright n'apparaît pas dans le film original et il nous reste quelques séquences qui n'ont pas été exploitées que nous allons essayer de réintégrer.

Signs of Floyd : et vous allez remettre Echoes en une seule partie ?
Adrian Maben : Non, ça c'est autre chose, c'est formel. Quand on fait un tournage comme celui là, on fait d'abord un découpage, dans lequel on prévoit de mettre les caméras à telle place et de tourner de zéro à trente secondes, puis de déplacer les caméras et de tourner de 30 secondes à une minute etc… Le film commence sur ce très lent et très long zoom avant du groupe dans l'arène en train de jouer, et il se termine sur un très lent et très long zoom arrière. Autant j'ai tout de suite pensé que ça faisait une très bonne ouverture et une très bonne fin, autant la juxtaposition des deux zooms serait impossible voire insupportable …

Signs of Floyd : Existerait-il des morceaux qui auraient été filmés mais qui n'auraient pas été inclus dans le film original ?
Adrian Maben : Non. Il y a quelques bouts concernant les interviews, mais pas de chanson. Tout ce qui a été filmé est dans le film en ce qui concerne les chansons. Nous n'avons pas eu assez de temps pour ça.

Signs of Floyd : D'ailleurs comment s'est déroulé le tournage ?
Adrian Maben : Pour le choix des titres, il était clair que le groupe voulait en profiter pour faire la promotion de Echoes. Le reste résulte d'un choix collectif. Pour le tournage en lui-même, ça avait très mal commencé. Les deux premiers jours nous avons manqué de puissance électrique. A chaque fois qu'on allumait, les plombs sautaient. Nous étions désespérés, au point que nous pensions faire venir un grand spécialiste de Londres. Puis, il y a eut une sorte d'arrangement à l'italienne, ils ont bricolé un truc qui a tenu jusqu'à la fin … Sous le soleil c'était vraiment un super tournage, très décontracté après ça. J'ai bien essayé d'avoir une journée de plus, mais c'était impossible. Le groupe devait rentrer pour préparer un concert ou quelque chose comme ça.

Signs of Floyd : Quels étaient les impératifs du groupe en dehors des délais de tournage ?
Adrian Maben : Ils voulaient absolument que le son soit live. Ils excluaient de faire du playback. C'est pour ça que nous avons utilisé quatre grosses caméras Mitchell, qui permettent de tourner en son synchrone.

Signs of Floyd : Pensez-vous qu'on puisse espérer une sortie audio officielle ?
Adrian Maben : Je pense que ça serait difficile en dehors du problème de l'intérêt du produit – je ne sais pas s'il y aurait assez de fans pour acheter ça (ndlr : on est preneur !) – le groupe sort ses disques sur EMI alors que c'est Polygram qui a les droits du film. Je ne sais pas si les deux Majors seraient capables de s'entendre ?

Signs of Floyd : Mais quand même, maintenant on regrette de ne pas avoir plus de matériel filmé des concerts de l'époque …
Adrian Maben : Peut-être. Mais en fait si on filme un concert platement, ça ne donne rien à l'image. il n'y a aucune émotion qui passe et on ne retrouve pas du tout l'ambiance d'origine. Ça fait vraiment boîte de chocolats…Ou alors il faut modifier le concert, les lumières et tous les effets techniques pour les caméras. Moi je voulais les sortir de ça, car les avions, les lasers et tous les jeux de lumières sont très difficiles à rendre sur pellicule. On le voit bien dans leur avant dernier live d'ailleurs. C'est fade (ndlr : Delicate Sound of Thunder).

Signs of Floyd : Vous avez toujours des contacts avec le groupe ?
Adrian Maben : Oui, bien sur. Enfin plus avec deux d'entre eux et moins avec les deux autres.

Signs of Floyd : Qui et qui ?
Adrian Maben : Et bien je vois plus Gilmour et Waters que Mason et Wright. C'est la vie, on s'éloigne. Mais on a toujours des projets ensemble. Même si je ne peux pas vous en parler parce que ça dure depuis cinq ans et que c'est vraiment trop vague encore pour pouvoir en parler. Et puis je pense que le facteur temps est important dans les projets. Quand on réalise un film en six mois, montage compris, on ne peut pas faire passer de dimension émotionnelle. C'est important le temps, parce qu'il change notre perception des choses. Si vous allez revoir aujourd'hui un film que vous avez vu il y a longtemps, vous ne le percevrez plus de la même façon. Et je trouve que l'on peut faire passer cette notion de changement de perception dans les projets qui ont mûris longtemps.

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