Guitar World, Fevrier 1993
David Gilmour
Par A. DiPerna
Interviewé:
David Gilmour - DG
Traduction:
Salvador
Christophe
Longtemps avant Pink Floyd, Syd Barrett et vous jouiez de la guitare ensemble, au collège, à Cambridge. Pouvez-vous nous dire ce que vous jouiez et comment vous êtes vous influencés mutuellement ?
DG : d'abord, Nous
étions amis, puis nous avons pris les guitares plus tard. Je jouais professionnellement
dans des groupes avant Syd.
Ainsi Techniquement parlant, j'étais un peu meilleur que lui pendant
le collège. Nous restions assis, apprenant des chansons des Beatles,
des Rolling Stones, du R&B. Je me rappelle encore du temps passé
sur l'apprentissage de " Come On " la première face B des Stones,
du travail fournit sur d'autres musiques, sur lesquelles nous jouions de l'harmonica
et tout le reste. Il connaissait certains trucs, moi d'autres, et nous nous
échangions nos connaissances comme tout le monde le faisait. Puis il
a quitté le collège pour entrer dans cette école des beaux-arts
à Londres, où Pink Floyd fût formé.
Il y a une histoire connue à propos de l'éviction de Syd en 1968. Vous étiez dans un fourgon, en route pour un concert à Southampton...
DG : Pas dans un fourgon,
Dans un Bentley.
Ok. Et quelqu'un a dit : " Oh, n'allons pas chercher Syd ce soir". Pouvez-vous nous rappeler qui a dit ça ?
DG : Probablement Roger.
Certainement pas moi. - j'étais la nouvelle recrue. J'étais pas
dans le coup. Quelqu'un a probablement dit : " On va chercher Syd ? "
et Roger (dans des tons conspirateurs) : " Non. "
Puis nous sommes allés à Southampton. Nous jouions avec "
The Incredible String Band " et " Tyranosaurus Rex" cette nuit.
Aux débuts du Floyd, vous sentiez-vous juste comme le remplaçant de Syd ?
DG : Oh, je l'étais
; il n'y a aucun doute. Ils voulaient que je joue ses parties et que je chante
ses chansons, et comme personne ne voulait le faire, j'ai été
l'élu. C'était mon boulot - du moins pour les représentations.
Syd et moi avions seulement joués cinq fois ensemble avec Pink Floyd.
Ou peut-être quatre. Southampton devait être la cinquième.
Je ne m'en souviens plus. Pendant ce temps, nous étions en train d'essayer
de concevoir le nouvel album, " A Saucerful Of Secrets ".
Mais en concert, nous n'en avions joué aucune chansons, mais plutôt
celles de Syd, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire. C'était
ça ou retourner aux reprises de Bo Diddley.
Parlons du titre " A Saucerful Of Secrets ", Qu'est-ce qui a fait décider au groupe de concevoir un instrumental aussi long ?
DG : C'est difficile à dire. Je n'étais dans le groupe que depuis très peu de temps. Je ne pense pas que le groupe avait une direction précise lorsque Syd est parti. " A Saucerful of Secrets " était un titre très important. Il nous a donné une direction à prendre. Si vous prenez "A Saucerful Of Secrets ", " Atom Heart Mother " et " Echoes " - tout conduit logiquement à " Dark Side Of The Moon ". " A Saucerful " fut inspiré lorsque Roger (Waters) et Nick (Mason) ont commencé à dessiner des formes bizarres sur une feuille. Nous avons composé la musique basée sur la structure du dessin.
Vous voulez dire que vous avez employé le dessin en tant que diagramme dynamique ?
DG : Ouais. Nous avons
essayé d'écrire la musique autour des crêtes et des creux
que formait la représentation.
Mon rôle, je suppose, était de rendre le tout plus musical, et
d'aider à créer un équilibre entre l'informe et la structure,
le désaccord et l'harmonie.
Vous aviez une formation assez conventionnelle ; votre groupe précédent, Joker Wild, jouait essentiellement des reprises. Pouvez-vous nous rappeler quel était votre avis face à cette forme de musique plus avant-gardiste ?
DG : Hé bien j'étais conscient de ce que Pink Floyd était, je les connaissais tous depuis bien longtemps avant, donc je m'attendais à ce que ce soit étrange et avant-gardiste. Je ne me rappelle pas avoir dit un jour : " Oh non ! C'est horrible !" Je pense que j'ai plutôt aimé le processus.
Le producteur Norman Smith n'était pas un peu trop exigeant sur " A Saucerful " ?
DG : Non. Norman avait
travaillé comme ingénieur du son pour les Beatles et avait vu
un de ses contemporains, George Martin, atteindre le stade du succès
en produisant ces derniers. C'était l'itinéraire qu'il a voulut
prendre.
Il a tenté le coup avec nous et avec The Pretty Things. L'un de nous
deux était supposé devenir les nouveaux Beatles. Mais les gens
ont leur propre avis sur la chose. Norman était un super professeur en
termes de techniques de studio. Cependant, nous nous en sommes très bien
sortis, mais une fois où deux, il a quand même dû accepter
le fait que nous ne voulions pas aller dans la voie qu'il avait choisie pour
nous.
Il y a différentes histoires quant à la présence de Syd ou non sur le titre " A Saucerful Of Secrets ".
DG : Non, il n'y est pas. C'est totalement faux. Il est par contre sur trois ou quatre titres de l'album, comme " Remember A Day " et " Jugband Blues " (La seule composition de Syd sur l'album). il est aussi sur un petit morceau de " Set The Controls For The Heart Of The Sun ". Je crois que j'y suis aussi.
Pouvez-vous nous rappeler quelques techniques utilisées pour obtenir ces timbres de guitare peu usuels ?
DG : Sur la section centrale
de " A Saucerful ", la plupart du temps, la guitare était couchée
sur le sol du studio.
Puis j'ai dévissé un pied d'un support de micro. Vous savez,
les supports de micro ont trois pieds métalliques
D'environ trente centimètres ? J'en ai juste fait glisser
un le long du manche, de bas en haut - pas très subtilement. Une autre
technique, qui est venue un peu plus tard, était de prendre un morceau
de métal et de le frotter de droite à gauche sur les cordes. Vous
le déplacez et l'arrêter sur les bonnes frettes, où ça
sonne juste. Ca sonne un peu comme avec un E-Bow.
Un autre point technique, l'instrumental " One Of These Days " est né lorsque quelqu'un à branché une basse dans un Echo Binson. Quel est ce système ?
DG : Le Binson était
un Delay italien. Il était étrange car il n'utilisait pas les
boucles de bandes. Au lieu de cela, il utilisait une roue d'enregistrement métallique.
Vous pouviez obtenir de merveilleux effets de retard qui ne sont présents
sur aucun autre titre depuis " One Of These Days " et fort de mon
expérience avec le Binson, je l'ai renouvelé sur " Echoes
".
Un jour, Roger a décider de recréer sur sa basse certaines de
mes techniques. Et il est arrivé avec ce riff de basse sur lequel nous
avons travaillé et en avons sorti " One Of These Days "
Pour la partie du milieu, un autre appareil est entré en jeu : un ampli
H&H avec vibrato. J'ai plus ou moins réglé le vibrato au même
tempo que le delay. Mais le Delay était dans 3/4 des incréments
du rythme et le vibrato est allé avec le rythme. J'ai juste joué
la basse à travers et composé cette petite section, que nous avons
collé sur un morceau de la bande et édité. Les bordures
de bande ont étés camouflées avec des coup de cymbale.
Comme ca, vous avez joué la basse sur le titre ?
DG : Oui. La section
d'ouverture, c'est Roger et moi. Sur " One Of These Day ", pour quelque
raison, nous avons décidé de doubler la basse. Vous pouvez l'entendre
si vous écoutez en stéréo.
La première basse, c'est moi. Peu après, Roger me rejoint de l'autre
coté en termes de stéréo.
Nous n'avions pas de cordes de rechange pour la deuxième basse. C'est
pourquoi elle sonne très austère.
(rires) Nous avions envoyé un roadie en acheter, mais au lieu de ca,
il a préféré aller voir sa copine.
Comment vous est venue l'idée de jouer en slide sur le morceau ?
DG : Je suppose que je
n'ai jamais particulièrement été confiant en ma capacité
d'être un simple guitariste.
Donc, je voulais aller plus loin. J'ai toujours aimé les Pédal
Steel, Lap Steel et autres trucs dans le genre.
Je ne me rappelle pas exactement ce que j'ai employé sur " One Of
These Days " ; j'ai pû acheter une lap steel pour l'occasion, mais
j'ai aussi pu utiliser une guitare ordinaire. En tournée, j'utilise deux
lap steel Jedsen bon marché, customisés avec des micros Fender
pour les parties de slide. La Lap Steel sur "One Of These Days" est
accordée en open de sol. Je l'utilise aussi pour "The Great Gig
In The Sky" Vous pouvez noter que je garde les cordes du haut accordées
en mi, ce qui me permet de faire des accords majeurs et mineurs avec les trois
premières cordes.
La seule chose que je ne fais pas, c'est la slide conventionnelle avec le bottleneck
sur le doigt. Je n'ai jamais trouvé aucun intérêt là-dedans.
"One of these days " est un de ces premiers titres qui ont montré ce qu'était vraiment Pink Floyd pour les gens. Avez-vous eu cette impression avec le groupe - que vous avez réellement découvert quelque chose ?
DG : " One Of These Days " est un petit morceau subsidiaire provenant du travail réalisé sur "Echoes". Je l'ai toujours aimé. C'est séminal, je suppose, ouais. Beaucoup plus court en tout cas, plus adapté au format radio. " Meddle " est vraiment l'album où nous avons tous les quatre "pris notre pied " - la direction dans laquelle nous voulions que Pink Floyd aille. Beaucoup plus qu'avec " Ummagumma " ou " Atom Heart Mother " .
J'allais demander pourquoi "Ummagumma" et "Atom Heart Mother" ne sont pas dans le coffret (Shine On) ?
DG : Et bien nous avons dû choisir les albums les plus importants à notre avis. Et bien que "Atom Heart Mother" comporte certaines voies et directions dans lesquelles où nous sommes finalement allés, il n'est pas aussi important que "Meddle" le fût. J'aurais aimé tout inclure, mais nous ne pouvions pas, à cause des contraintes de prix. La maison de disques a estimé qu'une fois le prix du coffret élevé à plus de 200 $, les gens ne vont plus l'acheter. Qui suis-je pour négocier ?
Venons-en à "The Dark Side Of The Moon "d'où vient cette fameuse mesure en 7/4 dans " Money " ?
DG : C'est un riff de Roger. Il est arrivé au studio avec la musique et les textes plus ou moins terminés. Et nous devions juste faire les sections centrales, les solos de guitares et tout le reste. Nous avions aussi inventé de nouveaux riffs - nous avons crée une progression en 4/4 pour le solo de guitare et nous avons fait jouer le pauvre saxophoniste en 7/4. C'était mon idée de stopper sec et de faire du vide pour le second chorus du solo.
Avez-vous fait exprès de rompre le jeu conventionnel en jouant un blues de 12 grilles à la guitare ?
DG : Non, je voulais créer un effet dramatique avec les trois solos. Le premier solo est passé par l'ADT - doubleur de piste artificiel. Je crois que j'ai fait les deux premiers solos sur une Fender Stratocaster, mais le dernier à été conçu avec une guitare différente - une Lewis, construite par un type de Vancouver. Elle a un manche de deux octaves, ce qui signifie que j'ai obtenu des notes qu'il m'aurait été impossible d'avoir avec une Strato.
Quel ampli aviez-vous utilisé ?
DG : Je pense que c'était un Hiwatt, mais je n'en suis pas sûr. J'utilisais aussi beaucoup les Fender Twin Reverbs en studio. Mais je suis certain des effets employés : Fuzzface et Echo Binson.
Quel était le rôle de Chris Thomas (producteur/ingénieur du son) sur "The Dark Side Of The Moon" ?
DG : Chris Thomas est intervenu pour les mixages et son rôle était principalement de faire le tri de mes arguments et ceux de Roger à propos de la façon dont le disque devait être mixé. Je voulais que " The Dark Side Of The Moon " soit " marécageux ", profond, avec des réverbes et d'autres trucs dans le genre. Roger, lui, voulait quelque chose de très sec. Je pense qu'il était beaucoup influencé par le premier album solo de John Lennon (Plastic Ono Band) qui était très sec. Nous avons pensé que l'on devait avoir un troisième opinion. Nous avons laissé Chris mixer comme il le voulait, avec Alan Parson en tant qu'ingénieur. Et bien sûr, le premier jour, j'ai découvert que Roger s'était déjà incrusté. Donc, le deuxième jour, j'y suis allé aussi. Mais heureusement, Chris partageait beaucoup plus mon point de vue que celui de Roger.
Ce fût le premier album où la tension à émergée entre vous et Roger ?
DG : Oh, il y a toujours eu de la tension. Mais elle fût tout à fait contrôlable jusqu'à après " The Wall ".
Il y a eu l'hostilité créative et ensuite l'hostilité franche...
DG : Il y a eu une tension créative et une tension égocentrique mégalo-maniaque si vous voulez.
Le fait devoir poursuivre après l'énorme succès de "Dark Side Of The Moon", a dû créer de la tension lors des sessions de "Wish You Were Here"?
DG : Ouais, ça a été la difficulté de l'album, je pense ; La grande inquiétude de Roger, en tout cas. C'est le sentiment qui nous a été laissé après "Dark Side Of The Moon" : ce sentiment de "que pouvons nous encore faire maintenant que nous avons déjà tout fait?" Mais je pense que nous l'avons surmonté. Et pour moi, "Wish You Were Here" est l'album le plus satisfaisant. Je l'aime vraiment. Je préfère largement l'écouter à "Dark Side Of The Moon". Parce que je pense que nous avons réalisé un meilleur équilibre entre les textes et la musique sur cet album. "Dark Side Of The Moon" privilégiait trop les textes ; à cause de cela, la musique a quelques fois été négligée. Pour moi, l'un des défauts de Roger est d'accorder trop d'importance aux textes - la musique en subit parfois les conséquences.
Sur l'album suivant, "Animals", la chanson "Dogs" est la seule à n'avoir pas totalement été écrite par Roger. Quelle était votre rôle dans la co-écriture de "Dogs" ?
DG : J'ai essentiellement écrit tous les accords - la partie principale de la musique. Et nous avons écrit ensemble d'autres parties à la fin.
A l'origine, le morceau était intitulé "Gotta Be Crazy". C'était une chanson différente alors ?
DG : C'était fondamentalement la même chanson, mais le texte a un peu changé afin de mieux convenir au concept d'"Animals". J'y ai fait un ou deux très bons solos - légèrement différents - que j'ai particulièrement apprécié.
Il y a ces sections fantastiques de guitare lead doublées - harmonisées.
DG : Triplées à certains endroits ; doublées dans les sections mélodiques. Mais dans la dernière partie du premier solo, je crois, il y avait une très belle descente de trois guitares harmonisées dont j'étais très fier ; je la trouvais très inspirée. Et puis Roger est arrivé, il l'a effacée et j'ai dû la recréer.
Exprès ?
DG : Par erreur, par erreur.
Quel matériel avez-vous utilisé là-dessus ?
DG : Une Telecaster customisée. Je l'ai branchée sur des amplis Hiwatt et deux haut-parleurs rotatifs Tamaha, du type Leslie. J'avais l'habitude d'en utiliser deux sur scène, avec mes amplis habituels. Ce léger effet de Leslie crée une grande différence dans le son.
Pendant les années soixante-dix et quatre-vingt, chaque album de Pink Floyd successif est devenu légèrement plus complexe. Etait-il difficile de reproduire cette complexité sur scène ?
DG : En réalité, très difficile. Nous avons passé des années à nous entourer d'experts. Juste dans l'objectif d'acquérir le plus de maîtrise possible dans les secteurs où nous voulions briller. C'était toujours beaucoup de travail, mais ça en a toujours valut la chandelle.
Vous vous sentiez plus à l'aise dans les premières années du groupe, lors des improvisations psychédéliques en concert, ou vers la fin des seventies, lorsque vous vous centriez plus sur les extravagances scéniques soigneusement orchestrées ?
DG : Entre les deux,
en fait. Pour moi, Les shows de "The Wall" étaient très
"fun" et très réussit. Mais j'ai dû prendre le
rôle de directeur musical, si vous voulez, et traiter avec un tas de choses
purement mécaniques sur scène, auxquelles Roger n'avait pas à
s'occuper. Et même si tout a été brillant et a merveilleusement
fonctionné, il n'y a aucun moment - à part pour le solo
de "Confortably Numb" - où j'ai put dire : "oublie, joue,
c'est tout". C'était très rigide. Tandis que sur nos
précédentes tournées - "Dark Side Of The Moon"
et "Wish You Were Here" - il y avait toujours des moments de liberté,
des parties pouvant êtres rallongées ou raccourcies, où
vous pouviez faire ce que vous voulez jusqu'à que l'on décide
de revenir à la structure principale. C'est ce qui permettait d'ouvrir
la fenêtre, de se lâcher.
Cela dit, je dois ajouter que je suis pour la structure. Etant un grand fan
des Beatles, je suis très pointilleux sur les mélodies ; et tout
ce que j'aime - comme le blues - est très structuré. L'improvisation
totale n'est pas mon truc. Mais la rigidité excessive non plus.
"Confortably Numb" est l'une de vos quelques
musiques co-écrites avec Roger sur "The Wall". Selon les rumeurs,
sa naissance a été difficile.
DG : Et bien il y avait
deux enregistrements du titre, sur lesquelles Roger et moi avions discutés.
J'avais écrit ce titre quand je faisais mon premier album solo, en 1978.
Nous avons changé la tonalité de l'intro de Mi en Si, je crois.
Le pont est resté exactement le même.
Nous avons rajouté un morceau, pour que Roger puisse écrire "I
have become confortably numb". Sinon, l'écriture a été
très, très simple. Mais les disputes ont surtout été
à propos du mixage et du choix des pistes. Nous avons fait une première
prise avec Nick Mason à la batterie, mais je la trouvais trop bâclée,
trop brute. Nous en avons ensuite fait une autre que je trouvais meilleure.
Mais Roger n'était pas d'accord. C'était plus un problème
d'ego qu'autre chose. Nous en sommes arrivés à l'affrontement
pour un détail aussi mineur. Aujourd'hui, je ne pourrais probablement
pas faire la différence entre les deux versions si nous les mettions
sur disque.
Est-ce que les disputes entre Roger et vous en sont déjà arrivées au point de violence physique ?
DG : Ca a faillit quelquefois, mais ca n'est jamais arrivé. Une fois, Roger et moi sommes vraiment gueulés dessus dans ce restaurant italien au nord d'Hollywood. Nous étions venus là avec le producteur Bob Ezrin pour discuter probablement de "Confortably Numb", parce que je ne prenais la peine de me disputer seulement pour mes compositions. Pour les siennes, il se débrouillait.
A la différence de vos albums précédents,
"The Wall" est le premier à avoir une histoire complète.
Quel est votre avis ?
DG : J'ai aimé
l'histoire de Roger. Bien que n'ayant pas été totalement d'accord
avec, vous devez laisser un garçon avoir sa vision des choses.
J'avais juste une vue différente de la sienne sur notre rapport avec
le public. Roger n'a pas aimé tourner et il pensait qu'il n'y avait plus
aucun lien entre le public et lui. Je ne partageais pas son point de vue ; et
toujours pas maintenant. Et ma vision sur la signification de l'album s'est
encore plus aigrie aujourd'hui. Il semble être une liste de personnes
que Roger accuse à avoir contribués à ses propres échecs,
dans sa vie.
Et à propos de votre solo sur "Confortably Numb"? A-t-il été long à confectionner ?
DG : Non, je suis juste
allé dans le studio et sorti à la hâte cinq ou six solos.
A partir de là j'ai suivi ma procédure habituelle d'écouter
chaque solo et de démarquer les parties intéressantes par des
barres. Autrement dit, je trace un diagramme, sur lequel je place des barres
ou des croix : une barre si c'est vraiment bon, une seule si c'est moyennement
bon, ou bien une croix si c'est mauvais. Alors je suis le tableau, en remontant
un fader ici et là, sautant de phase en phase, de manière à
obtenir un très bon solo sur toute sa longueur.
C'est le procédé utilisé sur "Confortably Numb".
Mais quelques fois, tu te rends compte qu'il est impossible de sauter d'une
note à l'autre ; tu donc voir ailleurs et essaie de trouver un enchaînement
plus naturel.
Lorsque vous procédez comme ça, êtes-vous conscients de finir avec un truc physiquement impossible à jouer ?
DG : Non, pas s'il sonne bien. Et penser aux difficultés que rencontreront les personnes qui travailleront le morceau afin de le reprendre m'amuse.
En concert, jouez-vous vos solos note à note, comme sur les disques ?
DG : Non, je ne les joue jamais pareil. J'ai tendance à les commencer de la même façon que sur les albums, et de m'en éloigner ensuite. Quelques fois je me souviens de ce que j'ai fait sur l'album, et je m'y raccroche un peu. Bien sûr, le premier solo de "Confortably Numb" est toujours le même. Mais le solo principal est toujours différent de l'original.
Vous utilisez votre système des croix et des barres avec tous vos solos ?
DG : Pas tous. Parfois je les apprends sur la guitare. C'est souvent de cette façon qu'ils sont plus mélodiques.
Vous possédez une vaste collection de guitare, mondialement connue. Lorsque vous allez enregistrer, combien d'entre elles vous suivent en studio ?
DG : Et Bien... Pas beaucoup en fait. Généralement, j'emploie juste une Stratocaster, et c'est tout. Celles que j'emploie en ce moment sont modernes - des rééditions 57 - avec des micros EMG. A part celles-là, j'ai aussi quelques acoustiques et quelque slides-guitars. Pour certaines rythmiques, je possède aussi une Gretsch noire Duo-Jet qui sonne vraiment bien.
Quels sont vos guitaristes préférés ?
DG : Je ne suis pas fan de beaucoup de guitaristes rock. Jeff Beck est mon favori, un putain de bon guitariste.
Vous ne vous intéressez pas aux écoles modernes de guitare très technique ?
DG : Non, ça me fait grincer des dents. Probablement parce que je n'ai jamais été capable de jouer comme ça. Eddie Van Halen à fait des trucs que j'aime bien. Mais pour la plupart, non, ça ne m'intéresse pas. La guitare est l'instrument sur lequel je peux exprimer au mieux mes sentiments. Je ne suis pas très rapide, mais vous n'avez pas besoin de l'être. Ecoutez John Lee Hooker jouer. Il chante une phrase, et il frappe la corde de mi sur sa guitare ; Ce "Boom" veut tout dire. Mes influences viennent de gens comme Pete Seeger, Leadbelly, Hank Marvin et Jeff Beck. Mais il n'y a personne qui m'ait récemment impressionné.
C'est génial de vous entendre vanter les mérites d'un type comme Pete Seeger.
DG : Oh, Pete Seeger est un type fantastique, il l'on appelé " la fourchette américaine de l'accord" (American Tunning Fork) à une époque. J'ai appris la guitare sur ses disques où il enseignait l'instrument. C'est le premier enseignement que j'ai reçu. La première piste vous apprenait à accorder votre guitare. C'était assez important.
Voyons maintenant l'album studio le plus récent de Pink Floyd, "A Momentary Lapse Of Reason". Comment en êtes vous arrivé à écrire "One Slip" avec Phil Manzanera (de Roxy Music) ?
DG : Phil est un vieil ami. Nous nous connaissons depuis des années et nous avons toujours voulu faire quelque chose ensemble. Je suis donc allé lui rendre visite à son studio, et nous avons commencé à jouer. Pendant cette période, j'essayais des choses avec pas mal de gens, pour voir si je pouvais trouver quelqu'un avec qui je me sentais à l'aise en travaillant, et qui pouvait un peu m'aider sur la conception du prochain album de Pink Floyd, sans Roger. Phil a essentiellement écrit la musique de "One Slip".
Sur "A Momentary Lapse Of Reason", comment vous en êtes vous sorti, avec le souci de faire sonner l'album comme un "vieux" Pink Floyd ?
DG : En l'ignorant totalement. Je ne me suis pas préoccupé de ce détail. Je sais que c'est quelque chose dont Bob Ezrin s'est soucié, il a eu le sentiment de devoir faire sonner l'album comme du "Pink Floyd". Mais c'est une chose dont je me désintéressais totalement. S'il est conçu par moi-même, il va sonner comme Pink Floyd, mais jusqu'à un certain degré.
"A Momentary Lapse Of Reason" est un peu un retour aux sources, à la période pré - "Animals".
DG : Oui, et c'est ce que j'aime. "Signs Of Life", par exemple, est en fait une ancienne démo. J'ai dû réenregistrer beaucoup de choses, mais les rythmiques sont identiques à la démo que j'avais faîte en 78.
Ainsi, sur "A Momentary Lapse Of Reason", vous êtes arrivé à poursuivre des projets n'ayant jamais aboutis plus tôt, et ce, à cause de Roger ?
DG : Ouais. J'en suis revenu à ce problème d'équilibre entre la musique et les textes. Vous pouvez pensez ce que vous voulez, vous savez. Roger est très bon pour ce qui est de l'écriture des textes. De ce coté-là je ne suis pas aussi bon que lui, donc je ne me mettrai pas en valeur là dessus.
Pensez-vous devenir auteur au fil du temps ?
DG : Je suis fier de
certains textes de "A Momentary Lapse Of Reason". "Sorrow"
comporte de très bonnes paroles. Il y a aussi des trucs dont je suis
vraiment fier dans mon album solo.
Avez vous écrit, récemment ?
DG : Rien de d'abouti, juste des bribes.
Y a-t-il des projets pour un nouvel album de Pink Floyd ?
DG : Et bien nous traînons un peu dans mon studio. Mais il est trop tôt pour dire à quoi il ressemblera.
Et avez vous des projets pour un autre album solo ?
DG : Pas pour le moment, non. Le prochain sera probablement un album de Pink Floyd.
Est-ce que "A Momentary Lapse Of Reason" était une bonne expérience pour vous, Nivk Mason et Rick Wright, dans le sens que vous avez pû vous prendre en charge vous-même, que vous avez pû créer l'album sans Roger ?
DG : Oui. L'album et la tournée ont été un véritable processus de réconciliation entre nous.
C'était bon de vous entendre rejouer avec Rick Wright. La guitare et les claviers fonctionnaient tellement bien sur beaucoup des anciens titres dont nous avons parlé.
DG : C'est comme Bob Dylan qui disait : "J'étais beaucoup plus vieux alors, je suis beaucoup plus jeune maintenant." Vous apprenez de plus en plus de choses sur vous et sur les autres au fur et à mesure que le temps passe. Lorsque nous jouons tous les trois, ça sonne "Pink Floyd".