Interview David Gilmour, Journal Le Parisien (19-11-2001)

 

Propos recueillis par Sébastien Catroux

Dans la capitale anglaise, il y a un quartier appelé Little Venice. Un quartier calme résidentiel, où de vastes demeures avec jardins abritent, au bord d'un canal, quelques fortunes confortables. C'est là où habite encore - il vient de vendre sa maison au frère de feu Lady Diana pour s'installer à la campagne - David Gilmour, 55 ans, chanteur et guitariste du groupe Pink Floyd depuis le départ , en 1968, de Syd Barrett souffrant de problèmes psychiatriques.
Le Pink Floyd, c'est un monument rock, récemment compilé dans 'Echoes', un best of qui contient quelques singles des débuts et des extraits des albums les plus connus tel que Dark side of the Moon, Wish you were here ou The Wall...Pink Floyd c'est aussi un monument de fâcheries entre ses deux leaders, Roger Waters et David Gilmour. Ce dernier raconte.

Pourquoi sortir cette compilation du Pink Floyd maintenant ?
DG : Il n'y a pas de raisons particulières. Ca me semblait être juste le bon moment pour proposer un coup d'oeil complet sur toute notre carrière.

Comment avez vous sélectionner les morceaux ?
DG : Ce fut long et difficile. Pendant trois mois, nous - Roger Waters (basse), Nick Mason (batterie), Rick Wright (claviers) et moi - même - avons fait des suggestions à James Guthrie, notre ingénieur du son et producteur. Nous étions tous d'accord sur à peu près les trois quart des titres, mais le reste posait problème. Alors nous avons voté. Il y a eut deux tours de scrutin.

N'est-il pas paradoxal que vous sortiez une compilation alors que chaque album du groupe a été conçu comme un disque à écouter dans sa totalité ?
DG : C'est vrai, mais nous ne pouvions pas réunir tous nos albums dans une boite et présenter ça comme un best of. De temps en temps il faut savoir être pragmatique et non pas précieux à tout prix.

Au moment où vous avez rejoint le groupe en 1968, son style évoluait vers des morceaux plus longs et plus planants. Ce virage correspond-il à votre arrivée ?
DG : Il n'y a qu'un seul Syd Barrett. Après son départ, le groupe ne pouvait que changer. Ses compositions serrées, sa voix, son jeu de guitare étaient très importants dans le Pink Floyd des origines. Mais en fait ce groupe avait des vélléités expérimentale dès ses débuts. Moi je ne suis pas un puriste. Je suis bien sûr influencé par le blues, mais pas seulement. Je ne me suis jamais fixé de barrière et je pense que c'est l'essence de l'art de ne pas se laisser enfermer, de se nourrir de tout et, ensuite, d'en faire son propre style.

Vous réécoutez souvent des disques de Pink Floyd ?
DG : Pour concevoir cette compilation, j'ai tout réécouté mais les trucs interminables et trop psychedelique, je ne peux plus les supporter.

Et quel est votre album préféré ?
DG : Sans conteste, 'Which you were here', mais aussi des choses plus récentes.

Depuis quelques années, le Pink Floyd c'est vous et vous seul. Quelle est la raison profonde de votre querelle avec Roger Waters ?
DG : C'est lui qui est faché avec moi. Lorsqu'en 1986 Roger m'a dit qu'il quittait le groupe, ca ne me posait pas de problème. Ce qu'il n'aurait pas du faire, c'est essayer de nous empêcher de continuer sous ce nom. En fait il était persuadé que c'était luiqui avait créé le Pink Floyd. C'était certainement un bon parolier et un bon 'ambianceur', mais le son du Pink Floyd, depuis 1968, c'est le clavier de Rick Wright, ma guitare et ma voix. J'avais donc tout à fait le droit de continuer. Il a menacé de m'attaquer en justice et finalement, nous sommes parvenus à un arrangement en 1977. Depuis il ne s'est plus jamais plaint.

Il n'est donc pas question d'une reformation du Pink Floyd avec Roger Waters ?
DG : Non. J'y songe parfois et j'essaye d'imaginer à quoi cela pourrait ressembler.

On associe souvent la musique du Pink Floyd à la consommation de drogues. Vous en étiez conscient à l'époque ?
DG : Dans les années soixante, beaucoup de gens pensaient que les drogues libéreraient le monde. Syd Barrett en faisait partie, ça ne lui a pas réussi. Si notre public avait tendance à consommer des drogues, je ne pense pas pour autant que cela est vraiment influencé notre manière de composer.

Vous avez revu Syd Barrett, récemment ?
DG : Pas depuis 1974, mais je crois savoir qu'il ne va pas trop mal.